Africa Signal · Intelligence de marché

Veille sectorielle

Banque & Fintech

Afrique subsaharienne francophone
Troisième trimestre 2026 Mis à jour au 30 septembre 2026 Libre diffusion
I.

Faits marquants du trimestre

  1. Les trajectoires monétaires divergent au-delà du seul couple UEMOA–CEMAC
    La BCEAO et la BEAC ont maintenu leurs taux en septembre, à respectivement 3,00 % et 4,50 %. Mais l’élargissement du périmètre fait apparaître des trajectoires différentes : la Banque Centrale du Congo a abaissé son taux directeur de 13,50 % à 12,50 % le 17 juillet, tandis que Banky Foiben’i Madagasikara a relevé son taux directeur de 12,00 % à 12,50 % le 4 août. En Guinée, la BCRG affichait un taux directeur de 9,50 % à fin septembre.128910
    Portée : l’Afrique subsaharienne francophone ne se lit pas comme un bloc monétaire homogène. Les décisions du T3 reflètent des configurations d’inflation, de liquidité, de change et de financement très différentes selon les marchés.
  2. PI-SPI franchit une nouvelle étape opérationnelle dans l’UEMOA
    Après le report décidé en juin, l’échéance du 30 septembre pour les banques, établissements de monnaie électronique et établissements de paiement a été atteinte sans annonce publique d’un nouveau report à la date de cette édition. Au 16 septembre, la BCEAO recensait 123 participants autorisés à ouvrir les services PI-SPI au public. Les 16 et 17 septembre, elle a également publié l’homologation de 24 API Business permettant aux entreprises d’intégrer les paiements PI-SPI à leurs propres systèmes.3
    Portée : l’enjeu se déplace de la connexion technique vers l’ouverture effective au public, l’intégration des entreprises et les volumes réellement traités.
  3. La modernisation des paiements s’accélère en CEMAC et en RDC
    En CEMAC, le QR Code communautaire interopérable a été lancé le 29 juillet et SYSTAC 2 est entré en production le 3 août ; la BEAC avait officialisé en juillet son adhésion au PAPSS. En RDC, la Banque Centrale du Congo a à son tour signé son accord d’adhésion au PAPSS le 18 septembre à Nairobi.4511
    Portée : l’intégration des paiements transfrontaliers devient un thème commun à plusieurs marchés francophones, même lorsque les architectures domestiques et les cadres monétaires restent distincts.
  4. Mauritanie et Burundi renforcent leurs dispositifs d’innovation et d’intégration régionale
    En Mauritanie, la Banque Centrale a clôturé le 30 juillet une semaine de tests en environnement Sandbox dans le cadre d’une preuve de concept (POC) de monnaie numérique de banque centrale, puis a ouvert au T3 les candidatures de son BCM Fintech Program, centré sur le crédit digital, le BNPL et le crowdfunding. Au Burundi, la BRB a organisé le 10 août une formation dédiée à l’intégration du RTGS, du REPSS et de la Digital Regional Payment Platform du COMESA.1213
    Portée : hors UEMOA et CEMAC, la transformation financière passe moins par une infrastructure régionale unique que par des initiatives nationales et des connexions à plusieurs ensembles régionaux ou panafricains.
  5. Les Comores poursuivent une gestion active de la liquidité bancaire
    La Banque Centrale des Comores a continué au T3 ses opérations de reprise de liquidité. Le 16 septembre, elle a reçu deux soumissions pour un total de 8 milliards FC, intégralement absorbés, avec un taux moyen pondéré de 1,96 % et un taux marginal de 2,00 %.14
    Portée : ces opérations illustrent une autre configuration monétaire francophone, distincte des grands blocs BCEAO et BEAC et utile pour éviter de réduire la lecture régionale aux deux unions monétaires.
Le périmètre couvre l’Afrique subsaharienne francophone au sens large. Les focus détaillent les marchés pour lesquels une évolution bancaire, monétaire ou fintech significative et suffisamment documentée est intervenue au T3 2026 ; l’absence d’un pays dans les faits marquants ne signifie pas absence d’activité sectorielle.
II.

Vue d’ensemble du secteur

Le troisième trimestre 2026 confirme que le secteur Banque & Fintech en Afrique subsaharienne francophone doit être analysé à plusieurs échelles. L’UEMOA et la CEMAC restent structurantes par la taille de leurs réseaux bancaires, leurs cadres réglementaires communs et leurs infrastructures régionales de paiement. Mais la RDC, la Guinée, la Mauritanie, Madagascar, le Burundi, les Comores et d’autres marchés francophones disposent de politiques monétaires, de régulations et de trajectoires technologiques propres qui modifient sensiblement la lecture régionale.

Dans l’UEMOA, la BCEAO a maintenu son principal taux directeur à 3,00 % le 9 septembre. Elle prévoit une croissance de 6,1 % en 2026 et une inflation moyenne de 1,0 %. Dans la CEMAC, la BEAC a également opté pour le statu quo le 28 septembre, avec un TIAO à 4,50 %, une prévision de croissance ramenée à 3,0 % et une inflation attendue à 2,2 %. Ces deux zones conservent donc des conditions monétaires distinctes mais relativement stabilisées à la fin du trimestre.12

Hors de ces unions, les décisions ont été plus contrastées. La RDC a assoupli sa politique monétaire en juillet, avec une baisse de 100 points de base du taux directeur à 12,50 %. Madagascar a pris la direction inverse en août, portant son taux directeur de 12,00 % à 12,50 % dans un contexte où l’inflation atteignait 8,6 % en juin. En Guinée, le taux directeur affiché par la BCRG à fin septembre était de 9,50 %. Les Comores ont poursuivi leurs opérations de reprise de liquidité, illustrant des instruments et des conditions monétaires propres à un marché de plus petite taille.891014

Le fil conducteur le plus transversal reste toutefois la modernisation des paiements. PI-SPI poursuit son ouverture dans l’UEMOA ; la CEMAC a mis en production SYSTAC 2 et lancé son QR Code communautaire ; la BEAC et la BCC ont adhéré au PAPSS ; le Burundi prépare son intégration aux infrastructures régionales de paiement du COMESA ; et la Mauritanie mène une preuve de concept (POC) de monnaie numérique de banque centrale en environnement Sandbox, parallèlement à son programme d’accompagnement des fintechs. La dynamique régionale est donc moins une convergence institutionnelle qu’une multiplication de passerelles entre systèmes nationaux, régionaux et panafricains.

Note sur la disponibilité et la comparabilité des données

Il n’existe pas, au 30 septembre 2026, de jeu de données trimestriel homogène couvrant l’ensemble des marchés francophones subsahariens pour la bancarisation, les créances non performantes, la solvabilité, les volumes de mobile money ou les paiements instantanés. Le rapport privilégie donc les données officielles disponibles au cours du trimestre et évite d’agréger des indicateurs dont les définitions, dates d’arrêt ou périmètres diffèrent.

III.

Dynamiques monétaires et réglementaires

UEMOA

Le 9 septembre 2026, la BCEAO a maintenu son principal taux directeur à 3,00 %, le taux du guichet de prêt marginal à 5,00 % et le coefficient de réserves obligatoires à 3,00 %. La banque centrale estime la croissance annuelle à 6,1 % en 2026 et l’inflation moyenne à 1,0 %. La croissance du crédit bancaire au secteur privé atteignait 6,6 % à fin juin, contre 6,0 % à fin mars.1

CEMAC

Le 28 septembre 2026, la BEAC a maintenu le TIAO à 4,50 % et la facilité de prêt marginal à 5,75 %, après la baisse décidée fin juin. Les réserves obligatoires restent fixées à 6,50 % sur les dépôts à vue et 4,00 % sur les dépôts à terme. Les nouvelles projections retiennent une croissance de 3,0 % en 2026 et une inflation de 2,2 %.2

RDC, Guinée et Madagascar

La RDC a connu l’ajustement monétaire le plus net du trimestre parmi les grands marchés francophones hors unions : le 17 juillet, la BCC a ramené son taux directeur de 13,50 % à 12,50 % et la facilité de prêt marginal de 17,50 % à 16,50 %. À Madagascar, BFM a au contraire relevé son taux directeur de 12,00 % à 12,50 % le 4 août. En Guinée, la BCRG affichait un taux directeur de 9,50 % à fin septembre et a tenu sa 22e réunion ordinaire de politique monétaire le 22 septembre.8910

Mauritanie, Burundi et Comores

Dans ces marchés, le T3 est surtout marqué par l’évolution des infrastructures et des instruments. La Mauritanie a poursuivi une preuve de concept (POC) de CBDC en environnement Sandbox et structuré un programme d’accompagnement des fintechs ; le Burundi a renforcé sa préparation à l’intégration des systèmes de paiement du COMESA ; les Comores ont continué leurs opérations de reprise de liquidité, avec 8 milliards FC absorbés lors de l’opération du 16 septembre.121314

Marché / zone Taux directeur fin T3 Orientation T3 Signal sectoriel principal
UEMOA3,00 %MaintienPI-SPI : ouverture élargie et API Business
CEMAC4,50 %MaintienSYSTAC 2, QR communautaire, PAPSS
RDC12,50 %Baisse de 100 pbAdhésion au PAPSS
Guinée9,50 %Taux affiché fin T3Modernisation BCRG / infrastructure SWIFT
Madagascar12,50 %Hausse de 50 pbResserrement face à l’inflation
Comoresn.a.Reprises de liquidité8 Md FC absorbés en septembre
Sources : banques centrales concernées. Les instruments ne sont pas strictement comparables d’un régime monétaire à l’autre ; le tableau vise à montrer la diversité des trajectoires au T3 2026.
IV.

Focus pays et acteurs clés

IV.1Régional — UEMOA

Le T3 a marqué une accélération du déploiement de PI-SPI. Au 16 septembre, 123 participants étaient autorisés par la BCEAO à ouvrir les services au public dans les huit États membres. La BCEAO a également homologué 24 API Business ; une nouvelle liste de participants autorisés a été publiée le 30 septembre.3

Acteur mentionné : BCEAO. À suivre : volumes de transactions, adoption des API Business, couverture des principaux émetteurs de monnaie électronique et usage effectif par les entreprises.

IV.2Régional — CEMAC

Trois évolutions ont structuré le trimestre : officialisation de l’adhésion de la BEAC au PAPSS en juillet, lancement du QR Code communautaire interopérable le 29 juillet et mise en production de SYSTAC 2 le 3 août. La nouvelle infrastructure régionale de compensation dessert plus de 59 banques participantes, les six Trésors nationaux et les six Directions nationales de la BEAC.45

Acteurs mentionnés : BEAC, GIMAC, PAPSS, ProgressSoft. À suivre : migration effective des flux, déploiement du QR chez les commerçants et premières données de volumes.

IV.3RDC — Politique monétaire et intégration panafricaine

La Banque Centrale du Congo a abaissé son taux directeur de 13,50 % à 12,50 % le 17 juillet et la facilité de prêt marginal de 17,50 % à 16,50 %. Le 18 septembre, elle a signé à Nairobi l’accord d’adhésion de la RDC au PAPSS, présenté comme un levier de réduction des coûts et délais de paiements transfrontaliers et d’interconnexion du système national de paiement avec les infrastructures régionales.811

Acteurs mentionnés : Banque Centrale du Congo, PAPSS. À suivre : modalités opérationnelles de connexion au PAPSS, évolution du taux de change et transmission de la baisse de taux au crédit domestique.

IV.4Madagascar — Resserrement monétaire

Le 4 août, Banky Foiben’i Madagasikara a relevé son taux directeur de 12,00 % à 12,50 %. L’inflation en glissement annuel atteignait 8,6 % en juin 2026. Le mouvement tranche avec le statu quo observé en septembre dans l’UEMOA et la CEMAC et avec l’assouplissement décidé en juillet en RDC.9

Acteur mentionné : Banky Foiben’i Madagasikara. À suivre : inflation, taux de change de l’ariary et effets du resserrement sur les conditions de financement.

IV.5Mauritanie — Sandbox, CBDC et accompagnement fintech

La Banque Centrale de Mauritanie a clôturé le 30 juillet une semaine de tests en Sandbox consacrée à la preuve de concept de son projet de monnaie numérique de banque centrale. Au cours du trimestre, elle a également ouvert les candidatures du BCM Fintech Program, adossé au PAFIID et à la GIZ, avec deux parcours autour du crédit digital, du BNPL et du crowdfunding. Les hackathons sont programmés du 19 au 22 octobre 2026.12

Acteurs mentionnés : Banque Centrale de Mauritanie, PAFIID, GIZ. À suivre : enseignements de la preuve de concept CBDC, projets admis en Sandbox et évolution du cadre de paiement numérique.

IV.6Burundi — Connexion aux infrastructures du COMESA

Le 10 août, la Banque de la République du Burundi a organisé une formation destinée aux banques commerciales, à la Régie Nationale des Postes et à ses propres équipes sur l’intégration du RTGS, du Regional Payment and Settlement System (REPSS) et de la Digital Regional Payment Platform du COMESA. Cette étape traduit une logique d’intégration régionale différente de celle des unions monétaires d’Afrique de l’Ouest et centrale.13

Acteurs mentionnés : BRB, COMESA. À suivre : calendrier d’intégration technique et développement des paiements transfrontaliers régionaux.

IV.7Guinée — Modernisation de la banque centrale

La BCRG a annoncé le 15 juillet l’acquisition et le déploiement d’une infrastructure SWIFT. Elle a ensuite tenu sa 22e réunion ordinaire de politique monétaire le 22 septembre ; à fin septembre, son site institutionnel affichait un taux directeur de 9,50 % et un coefficient de réserves obligatoires de 11,50 %.10

Acteur mentionné : BCRG. À suivre : publication détaillée des décisions du CPM, modernisation des paiements et évolution du cadre de financement de l’économie.

IV.8Togo / Groupe Ecobank

Ecobank a publié le 28 juillet ses résultats du premier semestre 2026 : bénéfice avant impôt de 423,0 M$, produit net de 1 281,3 M$, coefficient d’exploitation de 48,4 % et rendement des capitaux propres tangibles de 21,1 %. Le ratio de solvabilité total du groupe était estimé à 17,4 % au 30 juin, contre 16,8 % à fin 2025.7

Acteur mentionné : Ecobank Transnational Incorporated. À suivre : coût du risque, capital et dynamique des revenus au second semestre.
V.

Événements du T3 2026

9–13 juil.
Paiements

BEAC : adhésion au PAPSS

L’adhésion est conclue le 9 juillet au Caire et officialisée par communiqué le 13 juillet.

15 juil.
Infrastructure

Guinée : la BCRG annonce le déploiement d’une infrastructure SWIFT

L’institution inscrit cette évolution dans la modernisation de ses infrastructures financières.

17 juil.
Politique monétaire

RDC : baisse du taux directeur

La BCC ramène son taux directeur de 13,50 % à 12,50 % et la facilité de prêt marginal de 17,50 % à 16,50 %.

Taux directeur : 12,50 %
28 juil.
Banque

Ecobank publie ses résultats S1 2026

Bénéfice avant impôt de 423,0 M$ et produit net de 1 281,3 M$.

PBT : 423 M$
29 juil.
Fintech

Lancement du QR Code communautaire de la CEMAC

La BEAC et l’écosystème régional lancent à Douala la norme de paiement QR interopérable adoptée en avril.

30 juil.
Innovation

Mauritanie : fin d’une semaine de tests CBDC en Sandbox

La BCM clôt une séquence de tests menée dans le cadre de la preuve de concept de son projet de monnaie numérique de banque centrale.

3 août
Infrastructures

CEMAC : mise en production de SYSTAC 2

La nouvelle chambre de compensation régionale dessert plus de 59 banques participantes, six Trésors nationaux et les six Directions nationales de la BEAC.

Plus de 59 banques participantes
4 août
Politique monétaire

Madagascar : hausse du taux directeur

BFM relève son taux directeur de 12,00 % à 12,50 %.

Taux directeur : 12,50 %
10 août
Paiements

Burundi : préparation à l’intégration des systèmes COMESA

La BRB organise une formation sur le RTGS, le REPSS et la Digital Regional Payment Platform.

20 août
Fintech

Mauritanie : structuration du BCM Fintech Program

La BCM publie la FAQ du programme et ouvre un parcours combinant DigiLab, Sandbox, coaching et hackathons.

9 sept.
Politique monétaire

BCEAO : maintien des taux directeurs

Le principal taux directeur reste à 3,00 % et le guichet de prêt marginal à 5,00 %.

Croissance 2026 : 6,1 % · Inflation : 1,0 %
16–17 sept.
Fintech

PI-SPI : 123 participants autorisés et API Business homologuées

La BCEAO publie une liste de 123 participants autorisés à ouvrir les services au public et annonce l’homologation de 24 API Business.

123 participants · 24 API Business
18 sept.
Paiements

RDC : adhésion de la BCC au PAPSS

La Banque Centrale du Congo signe à Nairobi l’accord d’adhésion au système panafricain de paiement et de règlement.

18 sept.
Liquidité

Comores : 8 milliards FC retirés du marché

L’opération de reprise de liquidité lancée le 16 septembre est intégralement adjugée, à un taux moyen pondéré de 1,96 %.

8 Md FC · TMP 1,96 %
22 sept.
Politique monétaire

Guinée : 22e réunion ordinaire du CPM

La BCRG tient sa réunion de politique monétaire ; son site affiche à fin septembre un taux directeur de 9,50 %.

28 sept.
Politique monétaire

BEAC : maintien des taux

Le TIAO reste à 4,50 % et la facilité de prêt marginal à 5,75 %.

Croissance 2026 : 3,0 % · Inflation : 2,2 %
30 sept.
Fintech

PI-SPI : nouvelle liste de participants autorisés

La BCEAO publie une nouvelle liste à l’échéance réglementaire applicable aux banques, EME et établissements de paiement.

VI.

Analyse

L’élargissement du périmètre change la lecture du trimestre. Vu uniquement à travers l’UEMOA et la CEMAC, le T3 2026 apparaît comme un trimestre de stabilisation monétaire : les deux banques centrales ont maintenu leurs taux en septembre. À l’échelle de l’Afrique subsaharienne francophone, l’image est plus contrastée. La RDC a assoupli sa politique en juillet, Madagascar l’a resserrée en août, la Guinée conserve des taux nettement plus élevés que les unions CFA et les Comores continuent d’utiliser des opérations de reprise de liquidité adaptées à leur propre marché.

Cette diversité confirme que la notion d’« Afrique francophone » est plus pertinente comme espace économique et d’affaires que comme ensemble monétaire homogène. Les régimes de change, les niveaux d’inflation, la profondeur des marchés bancaires et les instruments de politique monétaire diffèrent fortement. Pour les banques régionales et les investisseurs, la comparaison des niveaux de taux doit donc rester prudente : un taux directeur de 3,00 % dans l’UEMOA et de 12,50 % en RDC ou à Madagascar ne reflète pas seulement une orientation de politique monétaire, mais des structures macrofinancières différentes.

En revanche, les paiements constituent un vecteur de convergence plus visible. PI-SPI dans l’UEMOA, SYSTAC 2 et le QR communautaire en CEMAC, l’adhésion de la BEAC et de la BCC au PAPSS, la préparation du Burundi à l’intégration aux mécanismes du COMESA et les expérimentations conduites en Mauritanie participent d’une même tendance : réduire les frictions entre institutions, systèmes et territoires. La convergence ne vient donc pas d’un cadre réglementaire unique, mais de l’interopérabilité croissante des infrastructures.

Le T3 montre aussi deux modèles d’innovation financière. Dans les grands ensembles régionaux, l’innovation est portée par des infrastructures communes à large échelle. Dans plusieurs marchés hors unions, elle passe davantage par des dispositifs nationaux : Sandbox, programmes fintech, modernisation des banques centrales, connexion à SWIFT ou adhésion à des infrastructures régionales existantes. Les deux modèles peuvent se rapprocher à mesure que PAPSS, COMESA et d’autres réseaux panafricains deviennent des couches d’interconnexion.

La prochaine étape analytique sera donc de mesurer l’usage. Le nombre de participants autorisés, les annonces d’adhésion ou la mise en production technique constituent des jalons, mais ils ne permettent pas encore d’évaluer les volumes, les coûts, la fréquence d’utilisation ni l’impact sur l’inclusion financière. La disponibilité d’indicateurs comparables restera l’une des principales limites pour une lecture véritablement panafricaine francophone.

VII.

Perspectives & points de vigilance

Évaluation fondée sur les informations disponibles au 30 septembre 2026
Lecture structurelle

Le T3 ne produit pas une trajectoire monétaire francophone unique. Il fait apparaître trois dynamiques simultanées : stabilisation dans les deux grandes unions CFA, assouplissement ciblé en RDC, resserrement à Madagascar, auxquels s’ajoutent des instruments spécifiques dans les plus petits marchés. En parallèle, les paiements numériques et transfrontaliers convergent plus rapidement que les politiques monétaires.

Principaux facteurs

Dans l’UEMOA et la CEMAC, l’inflation et les positions extérieures guideront les décisions de fin d’année. En RDC et à Madagascar, l’évolution du change et des prix sera déterminante pour confirmer ou modifier les orientations prises au T3. En Mauritanie, au Burundi et dans les autres marchés hors unions, l’enjeu sectoriel porte davantage sur l’exécution des réformes, des Sandbox et des projets d’interopérabilité.

Signaux à suivre

Les décisions de décembre de la BCEAO et de la BEAC ; la transmission de la baisse du taux directeur en RDC ; l’inflation et les décisions de BFM à Madagascar ; les communications du CPM de la BCRG ; les premières données d’usage de PI-SPI et du QR communautaire ; l’opérationnalisation de PAPSS pour la BEAC et la BCC ; les suites du BCM Fintech Program en Mauritanie ; et le calendrier d’intégration du Burundi aux infrastructures du COMESA.

Ce qui pourrait modifier l’analyse

Une remontée de l’inflation dans l’UEMOA, une détérioration des réserves en CEMAC ou une nouvelle volatilité du change en RDC et à Madagascar modifieraient rapidement les arbitrages monétaires. Sur les paiements, des volumes faibles après les lancements techniques indiqueraient que l’interopérabilité reste institutionnelle ; une progression rapide des transactions confirmerait au contraire que les nouvelles infrastructures commencent à transformer les usages.

Implications sectorielles

Pour les groupes bancaires opérant dans plusieurs marchés francophones, le trimestre renforce la nécessité d’une lecture pays par pays du coût du financement et du risque monétaire, tout en accélérant l’intégration technologique des paiements. Pour les fintechs, les opportunités se diversifient : connexion à des rails régionaux dans l’UEMOA et la CEMAC, Sandbox et programmes d’expérimentation en Mauritanie, intégration panafricaine via PAPSS ou régionale via COMESA.

TrajectoireÉvaluationConditions
Stabilisation dans les unions CFAScénario centralInflation contenue et positions extérieures suffisamment stables permettent à la BCEAO et à la BEAC de conserver leurs taux à court terme.
Divergence persistante hors unionsPlausibleLes banques centrales nationales continuent d’ajuster leurs instruments en fonction de conditions locales de change, d’inflation et de liquidité.
Accélération de l’interopérabilitéÀ confirmer par les volumesPI-SPI, SYSTAC 2, PAPSS, les systèmes COMESA et les nouveaux dispositifs nationaux passent des jalons techniques à un usage commercial significatif.
Les scénarios d’Africa Signal sont des trajectoires conditionnelles et non des prévisions ponctuelles.
VIII.

Le regard d’Africa Signal

Le T3 2026 montre pourquoi l’Afrique subsaharienne francophone ne peut plus être résumée au seul face-à-face UEMOA–CEMAC. Ces deux ensembles restent structurants, mais la RDC, Madagascar, la Guinée, la Mauritanie, le Burundi ou les Comores suivent des trajectoires monétaires et technologiques propres. Le point commun le plus net se situe désormais dans les paiements : infrastructures instantanées, QR interopérables, modernisation des systèmes de compensation, connexions à PAPSS ou au COMESA, Sandbox et programmes fintech. La prochaine étape n’est plus seulement de compter les annonces, les participants ou les adhésions, mais de mesurer les transactions effectivement traitées, leur coût, leur fréquence d’usage et leur capacité à rapprocher des marchés qui restent institutionnellement très différents.

La rédaction, Africa Signal
IX.

Sources et références

  1. 1. BCEAO, Communiqué de presse de la réunion ordinaire du Comité de Politique Monétaire du 9 septembre 2026 ; BCEAO, Rapport sur la Politique Monétaire dans l’UMOA — septembre 2026.
  2. 2. BEAC, Communiqué de presse de la session ordinaire du Comité de Politique Monétaire du 28 septembre 2026, incluant les taux directeurs en vigueur et les projections macroéconomiques publiées à l’issue du CPM.
  3. 3. BCEAO, Liste des participants autorisés à ouvrir les services de PI-SPI au public au 30 septembre 2026 ; BCEAO, liste du 16 septembre 2026 ; BCEAO, Homologation des API Business de PI-SPI, 16 septembre 2026.
  4. 4. GIMAC, « Lancement officiel du QR Code Communautaire » ; BEAC, communiqué relatif à la mise en production de SYSTAC 2 ; ProgressSoft, communication d’août 2026 sur la modernisation des paiements dans les six États de la CEMAC.
  5. 5. BEAC, communiqué publié le 13 juillet 2026 relatif à l’adhésion au Pan-African Payment and Settlement System (PAPSS), conclue le 9 juillet 2026 au Caire.
  6. 6. BCEAO, Bulletin mensuel de statistiques — juillet 2026, publié le 21 septembre 2026.
  7. 7. Ecobank Transnational Incorporated, résultats financiers du premier semestre 2026, publiés le 28 juillet 2026.
  8. 8. Banque Centrale du Congo, « Le Comité de Politique Monétaire ajuste son dispositif pour consolider la stabilité macroéconomique », 17 juillet 2026.
  9. 9. Banky Foiben’i Madagasikara, Décision de politique monétaire du 4 août 2026 (publication référencée sur le site institutionnel) ; Ministère de l’Économie et des Finances de Madagascar, communication du 5 août 2026 relative au relèvement du taux directeur à 12,5 % et à l’inflation de juin 2026.
  10. 10. Banque Centrale de la République de Guinée, site institutionnel — taux directeur et réserves obligatoires affichés à fin septembre 2026 ; BCRG, « Acquisition et déploiement une infrastructure SWIFT à la BCRG », 15 juillet 2026 ; BCRG, 22e réunion ordinaire du Comité de Politique Monétaire, 22 septembre 2026.
  11. 11. Banque Centrale du Congo, « La Banque Centrale du Congo adhère au PAPSS », 18 septembre 2026.
  12. 12. Banque Centrale de Mauritanie / PAFIID, « La BCM clôture une semaine de tests en Sandbox dans le cadre du projet CBDC », 30 juillet 2026 ; FAQ BCM Fintech Program, 20 août 2026.
  13. 13. Banque de la République du Burundi, « Le Burundi renforce son intégration aux systèmes régionaux de paiement du COMESA », atelier du 10 août 2026.
  14. 14. Banque Centrale des Comores, résultat de l’adjudication de reprise de liquidité du 16 septembre 2026, publié le 18 septembre 2026.
Méthode de fact-check
Période principale :
1er juillet au 30 septembre 2026.
Date d’arrêt :
30 septembre 2026.
Périmètre :
Afrique subsaharienne francophone, incluant les unions UEMOA et CEMAC ainsi que les marchés francophones hors de ces unions lorsqu’une évolution sectorielle significative et documentée est disponible.
Hiérarchie des sources :
priorité aux banques centrales, régulateurs, textes officiels et communications d’entreprise ; presse spécialisée utilisée en complément lorsque le document primaire est difficilement exploitable.
Principe :
les agrégats non comparables sont omis plutôt qu’estimés ; les instruments monétaires nationaux ne sont pas présentés comme strictement équivalents ; les statuts techniques des infrastructures de paiement sont distingués de leur usage effectif.
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3e Trimestre

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