Agriculture & Agroalimentaire
Points clés du trimestre
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Cacao : le T3 révèle deux modèles de formation des prix très différents entre Côte d’Ivoire et CamerounLa Côte d’Ivoire a fixé le 1er septembre à 1 200 FCFA/kg le prix minimum garanti du cacao pour la campagne principale 2026-2027, inchangé par rapport à la campagne intermédiaire précédente. Au Cameroun, où le marché est libéralisé, les prix observés par l’Office national du cacao et du café (ONCC) ont atteint 2 750 à 2 900 FCFA/kg fin août avant de revenir à 2 600-2 700 FCFA/kg au 21 septembre.12Pourquoi c’est important : l’écart ne signifie pas que les producteurs camerounais bénéficient structurellement de meilleures conditions sur tous les cycles, mais il illustre deux mécanismes distincts. En Côte d’Ivoire, le prix est administré et lié notamment aux ventes anticipées ; au Cameroun, les producteurs sont davantage exposés aux variations du marché. Le T3 rend cette différence particulièrement visible.
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La traçabilité devient un enjeu opérationnel de premier plan pour le cacao ivoirienDepuis le 1er septembre 2026, la carte électronique du producteur doit être utilisée dans le dispositif national de traçabilité du cacao. Reuters a toutefois rapporté des difficultés d’adaptation chez des coopératives, acheteurs et opérateurs de terrain, alors que le règlement européen sur les produits sans déforestation (RDUE) doit s’appliquer à partir du 30 décembre 2026 aux opérateurs moyens et grands, puis du 30 juin 2027 à la plupart des micro et petits opérateurs. Le Conseil du Café-Cacao avait distribué environ 20 000 terminaux de paiement, mais le déploiement restait inégal début septembre.310Pourquoi c’est important : la compétitivité de la filière ne dépend plus seulement des volumes, de la qualité et des prix. La capacité à démontrer l’origine des fèves et à faire fonctionner les outils de traçabilité à grande échelle devient une condition d’accès au principal débouché extérieur du cacao ivoirien.
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Transformation locale : Sénégal, Cameroun et Gabon mettent l’accent sur les capacités industrielles et les chaînes de valeurAu Sénégal, le gouvernement a lancé en août la mission d’élaboration d’un contrat-programme consacré à l’arachide et aux autres oléagineux, tandis que la SONACOS a annoncé en septembre de nouvelles unités de transformation dans le sud. Au Cameroun, l’ONCC a fait état de 95 946 tonnes de fèves de cacao transformées en 2025-2026, soit un recul d’environ 13 % sur un an. Au Gabon, le ministère de l’Agriculture a présenté en septembre un plan visant à accélérer la productivité de douze filières et annoncé des audits de plusieurs organismes agricoles publics.456Pourquoi c’est important : le sujet commun est moins la production primaire que la capacité à capter davantage de valeur localement : transformation, organisation industrielle, financement, gouvernance des organismes publics et productivité des filières.
Panorama du secteur
Le T3 2026 confirme que l’agriculture et l’agroalimentaire en Afrique subsaharienne francophone restent structurés par trois enjeux majeurs : la rémunération des producteurs, la transformation locale et la résilience climatique. Dans les filières d’exportation, le cacao fournit l’illustration la plus nette. La Côte d’Ivoire maintient un système de prix garanti, tandis que le Cameroun conserve un marché plus directement exposé aux fluctuations des cours. Au même moment, les deux pays doivent adapter leurs filières aux exigences croissantes de traçabilité et de durabilité des marchés internationaux.
Les filières vivrières et oléagineuses présentent une dynamique différente. Au Sénégal, la progression des superficies de riz irrigué dans la vallée du fleuve Sénégal et les projets industriels autour de l’arachide traduisent une recherche simultanée d’augmentation des volumes et de valorisation locale. La SAED a indiqué 47 384 hectares réalisés pour la campagne de saison sèche chaude 2026, soit 1 300 hectares de plus que l’année précédente.7
Le trimestre reste cependant marqué par des risques climatiques localisés. En Côte d’Ivoire, des producteurs interrogés en septembre ont signalé un déficit de pluies dans plusieurs bassins cacaoyers, avec des risques sur le développement des cabosses et la qualité du séchage. Au Sénégal, des déficits pluviométriques ont également été signalés dans certaines zones, notamment à Bakel, tandis que la situation apparaissait plus favorable dans une partie du bassin arachidier de Kaolack.89
Chaînes de valeur et dynamiques commerciales
Cacao : prix, traçabilité et transformation deviennent indissociables
En Côte d’Ivoire, l’ouverture de la campagne 2026-2027 à 1 200 FCFA/kg intervient au moment où la filière généralise de nouveaux outils de traçabilité. Le gouvernement met parallèlement en avant un objectif de transformation locale compris entre 43 % et 50 % à horizon 2030. Le défi se déplace donc progressivement : il ne s’agit plus uniquement d’assurer les volumes exportés, mais d’articuler prix aux producteurs, conformité environnementale, fluidité des achats et augmentation de la valeur ajoutée locale.13
Cameroun : prix plus élevés, mais plus forte exposition aux cycles
Le début de la campagne 2026-2027 a vu les prix atteindre jusqu’à 2 900 FCFA/kg fin août avant un repli à 2 700 FCFA/kg au haut de la fourchette le 21 septembre. Cette flexibilité contraste avec le système ivoirien de prix garanti. Elle intervient cependant après une campagne 2025-2026 difficile : selon l’ONCC, la production commercialisée a reculé de 19,9 % et la valeur des exportations de fèves a chuté à 400,9 milliards FCFA contre 1 074,6 milliards un an plus tôt. Les volumes transformés localement ont également diminué d’environ 13 %, à 95 946 tonnes.25
Sénégal : l’arachide entre politique industrielle et nouvelles capacités de transformation
Le lancement en août du chantier du premier contrat-programme consacré à l’arachide et aux autres oléagineux, suivi en septembre de l’annonce par la SONACOS de nouvelles unités de transformation dans le sud, place la valorisation industrielle de la filière au centre du trimestre. Cette orientation complète les efforts menés dans le riz irrigué, où la SAED fait état d’une progression des superficies exploitées en saison sèche chaude.47
Gabon : priorité à la productivité et à la gouvernance des organismes agricoles
En septembre, le ministère gabonais de l’Agriculture a présenté un plan technique destiné à accélérer la productivité de douze filières, parmi lesquelles le manioc, le riz, la banane plantain, l’ananas, l’élevage bovin et porcin. Le ministre a également annoncé des audits de plusieurs structures publiques du secteur afin d’examiner leur modèle économique. L’agriculture ne représente encore qu’environ 5 % du PIB selon les chiffres communiqués par le ministère.6
Focus pays et acteurs clés
IV.1Côte d’Ivoire
Le trimestre est dominé par l’ouverture de la campagne cacaoyère 2026-2027. Le prix garanti de 1 200 FCFA/kg est maintenu malgré la volatilité des marchés internationaux. Dans le même temps, la généralisation de la carte électronique du producteur et des outils de traçabilité prépare la filière aux exigences du RDUE, applicables à partir du 30 décembre 2026 aux opérateurs moyens et grands, puis du 30 juin 2027 à la plupart des micro et petits opérateurs. Des difficultés opérationnelles ont toutefois été signalées au démarrage.10
IV.2Cameroun
La campagne 2026-2027 débute avec des prix aux producteurs nettement supérieurs au prix garanti ivoirien, mais ceux-ci se replient déjà en septembre après leur niveau de fin août. Les données de l’ONCC rappellent en parallèle la fragilité de la campagne précédente, marquée par une contraction des volumes commercialisés, de la valeur des exportations et de la transformation locale.
IV.3Sénégal
Le trimestre met en avant deux chaînes de valeur : le riz irrigué de la vallée du fleuve Sénégal et l’arachide. La hausse des superficies cultivées en saison sèche chaude contraste avec des inquiétudes pluviométriques localisées dans certaines zones. Sur le plan industriel, les projets de la SONACOS et le futur contrat-programme sur les oléagineux renforcent l’attention portée à la transformation locale.
IV.4Gabon
Le Gabon reste structurellement dépendant des importations alimentaires, mais le T3 apporte davantage d’éléments qu’au trimestre précédent. Le ministère de l’Agriculture met en avant un plan de productivité sur douze filières, un soutien à 150 aviculteurs et plusieurs partenariats public-privé. Des audits annoncés de structures sous tutelle montrent également que la gouvernance des organismes agricoles devient un axe explicite de réforme.
Événements du T3 2026
Côte d’Ivoire : une unité de délintage pour moderniser la filière cotonnière
Le ministère de l’Agriculture a procédé à la pose de la première pierre d’une unité de délintage des semences de coton et à la remise de matériels aux organisations professionnelles agricoles. L’initiative vise l’amélioration de la qualité des semences et la modernisation des opérations en amont de la filière.11
Cameroun : ouverture de la campagne cacaoyère 2026-2027
Le début de campagne est marqué par des prix producteurs élevés, qui atteignent fin août une fourchette de 2 750 à 2 900 FCFA/kg.
2 750-2 900 FCFA/kg fin aoûtSénégal : lancement du chantier d’un contrat-programme pour l’arachide et les oléagineux
Le gouvernement lance la mission d’élaboration du premier contrat-programme de la filière dans le cadre de sa nouvelle politique industrielle.
Côte d’Ivoire : cacao à 1 200 FCFA/kg et généralisation de la carte électronique
Le gouvernement fixe à 1 200 FCFA/kg le prix minimum garanti de la campagne principale 2026-2027. Le même jour, le dispositif de traçabilité reposant notamment sur la carte électronique du producteur entre dans une nouvelle phase opérationnelle.
1 200 FCFA/kg · campagne 2026-2027Cameroun : la transformation locale du cacao recule à 95 946 tonnes
Le bilan de l’ONCC pour la campagne 2025-2026 montre un recul d’environ 13 % des fèves transformées localement par rapport à la campagne précédente.
95 946 t · -13 %Gabon : productivité de douze filières et audits des structures publiques agricoles
Le ministère présente ses priorités de productivité et annonce l’examen du modèle économique de plusieurs organismes sous tutelle.
12 filières prioritairesSénégal : la SONACOS annonce de nouvelles unités de transformation dans le sud
L’entreprise publique prévoit d’augmenter les capacités de transformation de l’arachide et d’implanter de nouvelles unités industrielles, notamment en Casamance.
Côte d’Ivoire : inquiétudes sur les pluies dans plusieurs bassins cacaoyers
Des producteurs signalent des pluies insuffisantes, susceptibles d’affecter le développement des petites cabosses et la qualité du séchage si la situation se prolonge.
Analyse
Le T3 2026 déplace le centre de gravité du secteur de la seule question des cours internationaux vers celle de l’organisation des chaînes de valeur. Le cacao reste le principal révélateur. En Côte d’Ivoire, le maintien du prix garanti à 1 200 FCFA/kg protège les producteurs contre certaines baisses de marché, mais limite aussi la transmission immédiate d’une éventuelle hausse. Au Cameroun, le système plus libéralisé transmet plus rapidement les mouvements de prix, avec une rémunération supérieure en septembre mais aussi une volatilité plus forte.
Le second enjeu est réglementaire et opérationnel. L’application prochaine du règlement européen sur les produits sans déforestation (RDUE), à partir du 30 décembre 2026 pour les opérateurs moyens et grands, transforme la traçabilité en infrastructure commerciale. Les difficultés observées en Côte d’Ivoire au démarrage du nouveau dispositif montrent que la conformité ne se résume pas à une règle : elle suppose des équipements, des systèmes d’information, la formation des coopératives et acheteurs, ainsi qu’une adoption homogène sur le terrain.
Enfin, plusieurs pays cherchent à déplacer la création de valeur vers l’aval. Le Sénégal met davantage l’accent sur la transformation de l’arachide, le Cameroun mesure le recul de son broyage de cacao et le Gabon revoit à la fois sa stratégie de productivité et la gouvernance de ses structures agricoles. Les trajectoires nationales restent différentes, mais la question commune est claire : augmenter la part de valeur créée localement plutôt que dépendre uniquement de la vente de produits agricoles bruts.
Perspectives et points à suivre
Le trimestre confirme une transition progressive d’un modèle centré sur les volumes et les prix vers un modèle où la traçabilité, la transformation locale, l’organisation industrielle et la résilience climatique déterminent de plus en plus la compétitivité des filières agricoles.
Le fonctionnement du dispositif ivoirien de traçabilité pendant les premiers mois de la campagne cacaoyère ; l’évolution du différentiel de prix producteurs entre Côte d’Ivoire et Cameroun ; les conditions pluviométriques en fin de campagne agricole ; la matérialisation des projets sénégalais de transformation de l’arachide ; et les premières décisions issues des audits annoncés au Gabon.
Les volumes de cacao effectivement commercialisés en Côte d’Ivoire au début de la campagne 2026-2027 ; l’évolution des prix ONCC au Cameroun ; les statistiques de broyage et de transformation ; les récoltes de riz et d’arachide au Sénégal ; ainsi que toute donnée publique nouvelle sur les filières vivrières et l’élevage au Gabon.
Des perturbations persistantes du système de traçabilité ivoirien, un nouvel épisode de forte volatilité des cours du cacao, une détérioration climatique plus marquée dans les bassins de production ou, à l’inverse, une accélération des investissements de transformation modifieraient sensiblement l’équilibre entre production, revenus agricoles et création de valeur locale.
Pour les producteurs, la formation du prix reste centrale mais doit désormais être analysée avec les coûts et contraintes de conformité. Pour les transformateurs, l’accès régulier à la matière première et la compétitivité industrielle deviennent déterminants. Pour les États, l’enjeu porte autant sur la production que sur l’infrastructure de marché : traçabilité, stockage, mécanisation, irrigation, financement et gouvernance des organismes sectoriels.
Analyse Africa Signal
Le T3 2026 montre que la prochaine étape de développement de l’agriculture francophone subsaharienne se joue de plus en plus après la récolte. Dans le cacao, le contraste entre Côte d’Ivoire et Cameroun rappelle que le niveau du prix producteur dépend autant du modèle de commercialisation que du marché international. Mais le trimestre ajoute un autre élément décisif : la traçabilité devient une condition commerciale, tandis que la transformation locale reste encore irrégulière. Les initiatives observées au Sénégal et au Gabon vont dans la même direction. L’enjeu n’est plus seulement de produire davantage ; il est de mieux organiser les chaînes de valeur, sécuriser l’accès au marché et retenir une part plus importante de la valeur ajoutée sur le continent.
Sources et références
- 1. Ministère de l’Agriculture de Côte d’Ivoire, « JNCC 2026 / Ouverture de la campagne cacaoyère 2026-2027 : le prix du cacao fixé à 1 200 FCFA/kg », 1er septembre 2026 ; Gouvernement de Côte d’Ivoire, « Campagne principale 2026-2027 : le prix bord champ du cacao est fixé à 1 200 FCFA le kg », 1er septembre 2026.
- 2. Investir au Cameroun, « Cacao : le prix du kilogramme de fèves tutoie la barre de 3 000 FCFA au Cameroun », 2 septembre 2026 ; « Cacao : le prix aux producteurs recule de 150 à 200 FCFA en trois semaines », 23 septembre 2026, à partir des données de l’ONCC.
- 3. Reuters, « Ivory Coast cocoa sellers struggle to use new traceability system », 9 septembre 2026.
- 4. Agence de Presse Sénégalaise, « Industrialisation : lancement du CNI et du contrat-programme arachide et autres oléagineux », 17 août 2026 ; « Filière arachide : la SONACOS annonce de nouvelles unités de transformation dans le sud », 12 septembre 2026.
- 5. Investir au Cameroun, « Cacao : les volumes de fèves transformées reculent de 13 % à 95 946 tonnes en 2025-2026 », 9 septembre 2026 ; données ONCC sur la campagne 2025-2026.
- 6. Agence Gabonaise de Presse, « Gabon/Agriculture : Pacôme Kossy dresse le bilan », 11 septembre 2026 ; « Gabon/Agriculture : les administrations sous tutelle bientôt auditées », 12 septembre 2026.
- 7. Agence de Presse Sénégalaise, « La SAED note une progression de 1 300 ha pour la campagne Saison sèche chaude 2026 », 21 août 2026.
- 8. Reuters, « Poor rains in Ivory Coast raise concerns over cocoa quality and supply, farmers say », 21 septembre 2026.
- 9. Agence de Presse Sénégalaise, « Bakel : un producteur alerte sur le déficit de pluies », 11 septembre 2026 ; « Campagne agricole : à Kaolack, l’espoir d’une bonne récolte face au défi de la valorisation », 15 septembre 2026.
- 10. Commission européenne, « Regulation on Deforestation-free Products », calendrier d’application du RDUE : 30 décembre 2026 pour les opérateurs moyens et grands et 30 juin 2027 pour la plupart des micro et petits opérateurs, après la modification adoptée en décembre 2025.
- 11. Ministère de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières de Côte d’Ivoire, publication du 5 juillet 2026 sur la pose de la première pierre d’une unité de délintage des semences de coton et la remise de matériels aux organisations professionnelles agricoles.
