Télécoms en Afrique : le retour des tours
Pendant plus d’une décennie, MTN a cédé des milliers de tours afin de libérer du capital. Le 17 février 2026, MTN et IHS Towers ont annoncé un accord prévoyant l’acquisition par MTN des actions IHS qu’il ne détient pas encore, à 8,50 dollars par action, pour une valeur d’entreprise d’environ 6,2 milliards de dollars. Les actionnaires d’IHS ont approuvé l’opération le 4 août 2026 et la cession des activités latino-américaines d’IHS à Macquarie a été finalisée le 7 août. Le 24 août, MTN a annoncé avoir obtenu notamment l’autorisation conditionnelle de la Federal Competition and Consumer Protection Commission (FCCPC) au Nigeria, avec une obligation de céder jusqu’à 30 % d’IHS Nigeria à des investisseurs nigérians selon des conditions de marché. Des autorisations réglementaires restent nécessaires et MTN continue de viser une finalisation au second semestre 2026. Si elle aboutit, l’opération replacera sous contrôle de MTN près de 29 000 tours réparties dans cinq marchés africains.
Pourquoi la vente des tours avait du sens
Pour comprendre pourquoi MTN prévoit de racheter IHS Towers pour une valeur d’entreprise annoncée d’environ 6,2 milliards de dollars, il faut d’abord comprendre pourquoi le groupe avait cédé ces infrastructures. La logique, largement adoptée par les opérateurs télécoms dans les années 2000 et 2010, était commercialement cohérente : les tours sont des actifs physiques intensifs en capital et exigeants sur le plan opérationnel. La maintenance, l’alimentation électrique et la sécurité mobilisent des ressources sans générer directement la croissance des abonnés ou l’augmentation de l’ARPU recherchées par les investisseurs. En cédant ces actifs à des spécialistes, les TowerCos, les opérateurs pouvaient convertir des actifs immobilisés en liquidités, réduire l’endettement au bilan et réallouer le capital au spectre et à la modernisation des réseaux.A
En Afrique, cette logique s’est imposée avec encore plus d’urgence. MTN se développait alors dans 22 marchés, sur un continent où l’électricité du réseau reste irrégulière, les coûts de maintenance structurellement élevés et les environnements réglementaires très différents d’un pays à l’autre. Externaliser les tours auprès d’acteurs comme IHS, censés gagner en efficacité grâce à l’échelle, à la spécialisation technique et à la mutualisation entre plusieurs opérateurs, constituait une réponse rationnelle à des contraintes de capital et d’exécution que les flux de trésorerie organiques ne pouvaient pas toujours absorber.
Le cœur du modèle reposait sur le sale-and-leaseback : MTN vendait les tours, continuait à les utiliser en louant de la capacité au nouvel acquéreur et allégeait son bilan d’un actif physique amortissable. IHS devait, en théorie, obtenir un meilleur rendement en accueillant plusieurs locataires sur une même tour. Cette mutualisation permettait de créer des économies d’échelle qu’un propriétaire exploitant seul son infrastructure ne pouvait pas obtenir. Toute la thèse reposait donc sur la progression du nombre moyen de locataires par tour. Dans plusieurs marchés africains, cette hypothèse s’est révélée plus difficile à concrétiser que prévu.
Le risque de change : des loyers en dollars face à un naira affaibli
- Premier marché d’IHS par le chiffre d’affaires. Le Nigeria représentait 59 % du chiffre d’affaires d’IHS Group au T3 2025. Sur un autre axe de lecture, par client et non par géographie, MTN représentait 62 % du chiffre d’affaires total d’IHS et Airtel 15 %, selon la présentation investisseurs d’IHS au T3 2025.
- Exposition de change particulièrement forte. Le naira a subi l’une des dépréciations les plus marquées parmi les grandes devises africaines entre 2022 et 2024, renchérissant fortement les loyers indexés sur le dollar.
- Marché très concentré. En juillet 2026, la NCC comptabilisait 51,76 % des abonnés mobiles chez MTN et 34,26 % chez Airtel, soit 86,02 % à eux deux. Cette concentration réduit le nombre de grands locataires potentiels pour les TowerCos ; Globacom, qui conserve une part importante de ses infrastructures en propre, limite encore le vivier accessible.
- Tension de gouvernance. En 2023-2024, MTN a lancé un appel d’offres concurrentiel sur environ 2 500 sites arrivant à échéance et a choisi American Tower Corporation pour une partie d’entre eux plutôt que de renouveler automatiquement avec IHS.
- Sensibilité réglementaire. Le 24 août 2026, MTN a annoncé avoir reçu notamment l’autorisation conditionnelle de la FCCPC. La condition publiée prévoit une cession pouvant aller jusqu’à 30 % d’IHS Nigeria à des investisseurs nigérians, sur une base de pleine concurrence et sous réserve des conditions de marché.
Historiquement, de nombreux contrats de location de tours en Afrique étaient structurés en devises fortes, principalement en dollars ou en équivalent dollar, alors que les revenus des opérateurs étaient encaissés en monnaie locale. Ce décalage restait gérable tant que le naira était relativement stable. Il est devenu structurel lorsque la devise nigériane s’est fortement dépréciée.
Au T2 2023, le bénéfice avant impôt de MTN Nigeria a chuté d’environ 64,3 % sur un an et le bénéfice après impôt d’environ 67,7 %, dans un contexte dominé par le choc de change consécutif à la réforme du marché des devises.B Une partie importante des coûts de tours comportait alors une indexation en dollars tandis que les revenus étaient majoritairement encaissés en nairas. Sur l’ensemble de 2023, MTN Nigeria a enregistré une perte après impôt d’environ 137 milliards de nairas et une perte de change nette de 740,4 milliards de nairas, contre 81,8 milliards en 2022.C
Les résultats d’IHS ont eux aussi été affectés par ce cycle monétaire. Au T1 2023, le chiffre d’affaires a atteint 602,5 millions de dollars, en hausse de 35,1 % sur un an, mais ce trimestre incluait un bénéfice non récurrent de 48,1 millions de dollars lié à un client nigérian. Au T2, le chiffre d’affaires s’est établi à 546,2 millions de dollars, encore en hausse de 16,8 % sur un an mais en baisse d’environ 9,3 % par rapport au T1. Cette baisse séquentielle ne peut donc pas être attribuée au seul naira : elle combine notamment la disparition de l’élément non récurrent du T1 et l’effet de la forte dévaluation de juin. IHS a alors réduit sa prévision annuelle de chiffre d’affaires, en indiquant un effet de change négatif de 141 millions de dollars, presque entièrement lié au naira.D
Le problème de fond venait du décalage entre monnaie de revenus et monnaie d’une partie des obligations contractuelles. Les contrats de location sont moins flexibles que des dépenses discrétionnaires et l’indexation au dollar transmet rapidement une dépréciation du naira aux coûts locaux. Les états financiers 2025 de MTN précisent qu’après la renégociation de 2024, la part indexée au dollar a été réduite et que l’ensemble des loyers concernés est devenu majoritairement libellé ou indexé en nairas.
Le 7 août 2024, MTN Nigeria et IHS ont renouvelé et prolongé jusqu’à fin 2032 l’ensemble de leurs Master Lease Agreements au Nigeria, couvrant environ 13 500 locations.E Les nouvelles conditions ont réduit la composante indexée au dollar, rendu l’arrangement majoritairement fondé sur le naira, plafonné à 20 % la composante d’escalade liée à l’inflation nigériane et introduit une composante liée au diesel. Sur les quelque 2 500 locations qui devaient expirer en 2024 et 2025, IHS en a renouvelé 1 430, nouvelles colocations comprises.
La renégociation de 2024 a réduit l’exposition contractuelle au dollar et accru le poids du naira dans les loyers de MTN Nigeria.
Le risque de change ne disparaît pas avec une intégration verticale. Une fois IHS consolidé, les loyers entre entités du groupe seraient éliminés des comptes consolidés, mais l’exposition économique sous-jacente resterait présente à travers la dette en devises, les équipements importés, le diesel et d’autres coûts d’énergie. La différence porte donc surtout sur la localisation de ce risque : moins dans un contrat externe de location, davantage dans la gestion opérationnelle et financière du groupe.
Le problème de la mutualisation : une densité locative qui plafonne
Le modèle économique d’une TowerCo indépendante repose sur une variable essentielle : le taux de mutualisation, ou tenancy ratio, c’est-à-dire le nombre moyen de locataires par tour. Une tour avec un seul locataire génère un rendement limité sur un actif à coûts fixes élevés. Avec un deuxième locataire, la marge progresse fortement, car accueillir les équipements d’un autre opérateur sur une structure existante coûte beaucoup moins cher que construire une nouvelle tour. Toute la thèse d’investissement des TowerCos suppose donc que ce ratio augmente dans le temps.
À l’échelle du groupe IHS, le taux de mutualisation est passé de 1,51x fin 2024 à 1,46x fin 2025, avec 54 874 locataires sur 37 590 tours.G Ce ratio consolidé 2025 inclut encore les activités latino-américaines classées en activités abandonnées ; il ne doit donc pas être lu comme un ratio strictement africain. Au T2 2026, avant la finalisation de la cession latino-américaine en août, IHS publiait un ratio de 1,47x.
Au Nigeria, l’accord conclu en 2025 avec T2, anciennement 9mobile, a entraîné le churn de 2 576 locataires au T3 2025 ; sur l’ensemble de l’année, IHS indique 2 676 locataires T2 sortis de son portefeuille, sur lesquels le groupe ne reconnaissait pas de chiffre d’affaires.G Il s’agit de locataires ou tenancies, pas de 2 500 tours physiques. La concentration du marché, le nombre limité de grands opérateurs et le portefeuille autogéré de Globacom réduisent par ailleurs les possibilités de colocation dans certains segments du marché nigérian.
IHS a également connu une tension de gouvernance avec son principal client-actionnaire. MTN détenait environ 24,7 % du capital d’IHS au moment de l’annonce de 2026, tandis que les statuts avaient historiquement plafonné ses droits de vote à 20 %. Le différend sur la représentation au conseil et les droits de gouvernance est documenté dans les publications des deux groupes. Sur les quelque 2 500 locations MTN Nigeria qui devaient expirer en 2024 et 2025, IHS en a renouvelé 1 430 dans l’accord d’août 2024 ; les publications primaires d’IHS confirment ce nombre sans attribuer, à elles seules, chacune des locations restantes à American Tower.E
| Acteur | Rôle | Situation | Échelle / mutualisation | Position clé |
|---|---|---|---|---|
| IHS Towers | TowerCo indépendante | Acquisition annoncée | 28 662 tours en Afrique fin 2025 ; ratio groupe 1,46x à fin 2025 | 62 % du chiffre d’affaires provenant de MTN au T3 2025 ; 15 % d’Airtel ; retrait de la cote prévu si l’opération aboutit |
| MTN Group | Locataire principal et acquéreur | Réintégration | 51,76 % du marché mobile nigérian en abonnés, juillet 2026 | Environ 2,2 Md$ de contrepartie cash pour les 75,3 % d’IHS non encore détenus ; R74,985 Md de passif locatif groupe fin 2025, tous contrats confondus |
| American Tower Corp. | TowerCo concurrente | Active | 26 338 tours détenues dans 7 marchés africains fin 2025 | Concurrent direct d’IHS au Nigeria et en Afrique du Sud ; échelle africaine proche du portefeuille IHS |
| Helios Towers | TowerCo indépendante | Active | 12 098 sites en Afrique fin 2025 ; 14 746 groupe avec Oman ; ratio groupe 2,17x | Densité de colocation plus élevée ; présence notamment en Tanzanie, Ghana, RDC et Afrique du Sud |
| Globacom | Opérateur avec tours autogérées | Intégré verticalement | 8 773 tours au Nigeria en 2024, contre 8 550 auparavant | Seul grand opérateur nigérian à avoir conservé son portefeuille en interne tout au long du cycle |
| Indus Towers | TowerCo liée à Bharti Airtel | Expansion signalée | Filiales constituées au Nigeria et en Zambie le 15 janvier 2026 | Présence juridique établie ; ampleur du déploiement opérationnel africain encore à observer |
Une décennie de bascule : de la cession au rachat
L’économie de la réintégration : ce que disent les chiffres
La logique financière publiée par MTN repose sur l’internalisation de la marge actuellement payée à IHS, la captation des revenus de locataires tiers et une meilleure prévisibilité des coûts.H La présentation de transaction valorise 100 % des fonds propres dilués d’IHS à environ 2,9 milliards de dollars. Après prise en compte de la participation existante de 24,7 % de MTN, la contrepartie cash est d’environ 2,2 milliards. Le schéma de financement prévoit environ 1,1 milliard de dollars de trésorerie au bilan d’IHS et environ 1,1 milliard de financement net par MTN. Ce dernier chiffre est un besoin de financement de l’acquisition ; il ne doit pas être confondu avec un montant d’économies annuelles ni avec une valeur supposée de la future cession pouvant aller jusqu’à 30 % d’IHS Nigeria.
À fin 2025, MTN Group publiait 74,985 milliards de rands de passifs locatifs, contre 76,325 milliards en données 2024 retraitées. Ce total couvre l’ensemble des contrats de location du groupe et n’est pas directement comparable au prix d’acquisition d’IHS. Après consolidation, les paiements entre MTN et IHS seraient éliminés au niveau groupe, mais les coûts physiques des tours — énergie, maintenance, sécurité, personnel et capex — subsisteraient. L’équation économique combine donc effet de consolidation, revenus de tiers, structure de dette, coûts d’exploitation et capacité à améliorer l’utilisation des actifs.
Les revenus des locataires non-MTN constituent le troisième pilier de l’équation. Au T3 2025, Airtel représentait 15 % du chiffre d’affaires d’IHS selon la présentation investisseurs de l’entreprise.H MTN a indiqué vouloir maintenir les standards de service d’IHS et capter les revenus tiers ; au Nigeria, la condition publiée par la FCCPC impose en outre que la cession locale pouvant aller jusqu’à 30 % se fasse sur une base de pleine concurrence. La question opérationnelle sera de savoir comment la gouvernance, la tarification et les décisions d’investissement préserveront l’attractivité de l’infrastructure pour les clients concurrents de MTN.
Réactions concurrentielles : Airtel, Helios et la question de la neutralité
Airtel Nigeria poursuit parallèlement un programme important d’expansion de réseau. En 2026, son management a indiqué que l’opérateur avait ajouté 1 561 stations de base en trois ans et dépassé 17 000 sites réseau, après une expansion d’environ 15 % sur les deux années précédentes ; il a annoncé vouloir maintenir un rythme d’investissement élevé en 2026.I Les sources consultées ne permettent toutefois pas d’attribuer explicitement ce programme au projet de rachat d’IHS par MTN : la chronologie est concomitante, mais le motif déclaré est d’abord l’amélioration de la capacité et de la qualité du réseau.
Indus Towers a, de son côté, confirmé dans ses publications boursières la constitution le 15 janvier 2026 de filiales au Nigeria et en Zambie.J Cette étape établit une présence juridique dans les deux marchés, mais elle ne permet pas encore de mesurer l’ampleur d’un futur portefeuille opérationnel africain. Si un déploiement significatif suit, il pourrait fournir à Airtel et à d’autres opérateurs une option supplémentaire face aux grandes TowerCos déjà présentes.
- Capital libéré grâce au sale-and-leaseback et conversion d’actifs physiques en contrats locatifs.
- Au Nigeria, forte composante historique d’indexation au dollar avant la renégociation de 2024, qui a rendu l’arrangement majoritairement fondé sur le naira.
- Décisions de densification, d’alimentation électrique et de maintenance contrôlées par la TowerCo.
- Neutralité multi-opérateurs supposée ; les revenus de tiers reviennent à IHS et non à MTN.
- Hausse attendue du tenancy ratio pour améliorer la rentabilité et réduire le coût unitaire.
- IHS coté au NYSE, avec une visibilité trimestrielle sur l’économie des tours.
- Une partie des loyers IHS devient une gestion de coûts intragroupe après consolidation.
- L’exposition au change subsiste, mais elle est gérée en interne plutôt que par un contrat externe.
- MTN reprend le contrôle des décisions de densification, d’énergie et de maintenance.
- Après finalisation, les revenus d’Airtel et des autres locataires tiers seraient consolidés dans un groupe qui est aussi opérateur mobile.
- MTN annonce vouloir préserver les standards de service et les revenus tiers ; la gouvernance et l’accès devront être suivis après la clôture.
- IHS serait retiré de la cote, réduisant la transparence autonome sur l’économie des tours dans les marchés concernés.
Helios Towers reste l’une des grandes TowerCos indépendantes du continent. Son taux de mutualisation consolidé est passé de 2,05x en 2024 à 2,17x en 2025, tandis que le nombre de locations a atteint 31 944. Fin 2025, le groupe comptait 14 746 sites au total, dont 2 648 à Oman : son portefeuille africain représentait donc 12 098 sites répartis entre huit marchés. Helios a indiqué s’être rapproché, avec un an d’avance, de son objectif 2026 de 2,2x plutôt que de l’avoir strictement dépassé.L
Afrique subsaharienne : quatre modèles d’infrastructure en parallèle
L’opération MTN-IHS n’est pas isolée. Elle constitue l’événement le plus visible d’un marché subsaharien des tours où coexistent simultanément quatre modèles d’infrastructure, chacun reflétant une stratégie opérateur, une structure de marché et des conditions de financement différentes. Comprendre leur interaction permet de mesurer ce que la réintégration de MTN signifie à l’échelle du continent.
Modèle 1 : contrôle opérateur, MTN et Globacom. Le projet de rachat d’IHS par MTN constitue un retour vers davantage d’intégration verticale. Au Nigeria, des données de la NCC rapportées par TechCabal font état d’environ 8 774 actifs de tours détenus ou gérés par Globacom en 2024, l’opérateur ayant conservé une stratégie plus intégrée que MTN et Airtel. Ces modèles donnent davantage de contrôle sur le calendrier de déploiement et l’exploitation, mais exigent aussi davantage de capital et de capacités opérationnelles.
Modèle 2 : TowerCo indépendante et multi-opérateurs, Helios et American Tower. American Tower détenait 26 338 tours dans sept marchés africains fin 2025 : Nigeria, Ghana, Ouganda, Afrique du Sud, Kenya, Niger et Burkina Faso. Son échelle est donc proche des 28 662 tours africaines d’IHS. Helios publiait pour 2025 des taux de mutualisation de 2,23x en Afrique de l’Est et de l’Ouest et de 2,31x en Afrique centrale et australe. Ces données montrent que la colocation peut atteindre des niveaux sensiblement plus élevés selon le mix de marchés, la densité de demande et le nombre de clients actifs.
Régulation et souveraineté
Les infrastructures de tours soutiennent les réseaux mobiles, le mobile money, les communications d’urgence et une partie de la connectivité de dernier kilomètre. Lorsque leur propriété se concentre dans une entité qui est aussi opérateur mobile, la transaction peut soulever des questions de concurrence, d’accès non discriminatoire, de résilience et de souveraineté numérique.
Le 24 août 2026, MTN a annoncé que la transaction avait reçu l’approbation de plusieurs régulateurs, dont la Federal Competition and Consumer Protection Commission (FCCPC) au Nigeria.M La condition publiée par MTN prévoit la cession pouvant aller jusqu’à 30 % d’IHS Nigeria à des investisseurs nigérians sur une base de pleine concurrence et sous réserve des conditions de marché. La communication primaire de MTN ne détaille pas publiquement, pays par pays, l’ensemble des autorisations encore pendantes ; elle indique que des approbations réglementaires restent nécessaires et continue de viser une clôture au second semestre 2026.
Le 26 août, BusinessDay a rapporté, en citant la Nigerian Communications Commission (NCC), que celle-ci avait accordé une Approval-in-Principle à la transaction dès la mi-juillet, sous conditions portant notamment sur la gouvernance, les contrats existants, l’accès au marché et les investissements futurs. Cette approbation de principe n’est pas présentée comme une autorisation finale : selon ce reporting, la NCC doit encore constater le respect des conditions avant sa validation définitive.N
Le contexte concurrentiel est particulièrement concentré : selon la NCC, en juillet 2026 MTN représentait 51,76 % des abonnés mobiles du Nigeria et Airtel 34,26 %, contre 12,13 % pour Globacom et 1,85 % pour T2.F Même après la cession prévue pouvant aller jusqu’à 30 % d’IHS Nigeria, MTN conserverait une participation de contrôle dans l’entité, sous réserve de la structure finale de l’opération.
La Côte d’Ivoire et le Cameroun font partie des cinq marchés africains d’IHS qui passeraient sous contrôle de MTN si l’opération est finalisée, aux côtés du Nigeria, de l’Afrique du Sud et de la Zambie. La structure finale devra donc satisfaire les exigences réglementaires applicables dans les juridictions concernées ; MTN indique qu’il reste des autorisations à obtenir sans en publier, à ce stade, une liste exhaustive pays par pays.
La transparence constitue un autre enjeu. En tant que société cotée au NYSE, IHS publiait des résultats trimestriels et des documents SEC donnant une visibilité relativement rare sur l’économie des tours africaines. Fin 2025, ce périmètre publié couvrait cinq pays africains : Nigeria, Afrique du Sud, Côte d’Ivoire, Cameroun et Zambie, après la cession des activités rwandaises en 2025. Une fois IHS retiré de la cote et consolidé dans les comptes de MTN, ce niveau de granularité autonome disparaîtra. Pour les chercheurs, les régulateurs et les opérateurs concurrents, il s’agit d’une perte d’information significative, indépendamment des mérites commerciaux de l’opération.
Ce que ce cycle révèle sur l’économie des infrastructures
Le parcours MTN-IHS, vendre les actifs, signer des contrats de location, subir les tensions liées aux devises, renégocier les conditions puis envisager un rachat à grande échelle, ressemble moins à un échec stratégique qu’à une étude de cas sur la manière dont l’économie des infrastructures fonctionne dans certains marchés africains. Le retournement ne prouve pas que le modèle TowerCo était erroné. Il montre qu’il avait été calibré pour des conditions qui ne se sont pas maintenues.
Trois facteurs se renforcent mutuellement. D’abord, la structure monétaire : lorsqu’une partie importante des loyers est indexée sur une devise forte alors que les revenus sont encaissés en monnaie locale, une dépréciation accroît rapidement les coûts en monnaie locale. Ensuite, la concentration du marché : au Nigeria, MTN et Airtel représentaient ensemble 86,02 % des abonnés mobiles en juillet 2026, ce qui réduit le nombre de grands locataires indépendants disponibles pour la colocation. Enfin, la gouvernance du locataire principal : la coexistence d’un client dominant, d’une participation minoritaire importante et de droits de vote historiquement plafonnés a effectivement donné lieu à un différend de gouvernance entre MTN et IHS.
Le cycle de valorisation compte également. La présentation de transaction de MTN indique un multiple implicite de 5,8x l’EV/EBITDA LTM, sur la base de l’offre à 8,50 dollars par action et en excluant l’Amérique latine.H Le même document montre que le prix offert reste environ 60 % sous le prix d’introduction en Bourse d’IHS, tout en représentant une prime d’environ 239 % par rapport au cours observé lors de l’annonce de la revue stratégique en mars 2024. Ces références mesurent des points de départ différents : elles illustrent surtout l’ampleur de la revalorisation depuis le creux de 2024 et la forte décote persistante par rapport à l’IPO.
- La structure monétaire est un sujet de conception du produit financier. Un modèle de location indexé sur le dollar dans un marché de revenus en monnaie locale intègre une vulnérabilité structurelle qui s’aggrave à chaque cycle de dépréciation.
- Le tenancy ratio dépend fortement de la structure du marché. Une forte concentration des abonnés entre peu d’opérateurs réduit le nombre de grands locataires potentiels, même si la densification et les besoins de capacité peuvent encore créer des colocations.
- La gouvernance du locataire principal est un paramètre central. Chez IHS, un client représentant environ 62 % du chiffre d’affaires au T3 2025 détenait aussi une participation importante au capital, alors que ses droits de vote avaient été historiquement plafonnés ; le différend de gouvernance qui en a résulté montre l’importance de règles claires entre client, actionnaire et TowerCo.
- Le contrôle des tours est un avantage concurrentiel, pas seulement une question de coûts. Dans un environnement de densification 5G, le contrôle des délais de déploiement, de l’énergie et de la maintenance peut directement affecter la qualité du réseau.
- L’intégration verticale revient, mais de manière sélective. Peu d’opérateurs disposent de la taille et du bilan nécessaires pour absorber la complexité et le capital d’une réintégration comparable à celle de MTN.
- La transparence recule avec la consolidation. Le retrait d’IHS du NYSE ferait disparaître une source importante de données publiques sur l’économie des tours africaines et élargirait l’asymétrie d’information entre MTN et les opérateurs dépendant de ces infrastructures.
- Comment la cession pouvant aller jusqu’à 30 % d’IHS Nigeria à des investisseurs locaux sera-t-elle structurée et valorisée, et quels investisseurs nigérians y participeront ?
- Indus Towers investira-t-il au Nigeria et en Zambie à une échelle suffisante pour offrir à Airtel une véritable alternative indépendante, ou l’expansion restera-t-elle limitée à la constitution de filiales ?
- Après la sortie de l’Amérique latine et, si l’opération est finalisée, le passage sous contrôle de MTN, comment évoluera le taux de mutualisation du portefeuille africain d’IHS et sa capacité à attirer des locataires tiers ?
- Comment Helios Towers et American Tower se positionneront-ils dans les marchés où Airtel et Orange pourraient vouloir réduire leur dépendance à une infrastructure contrôlée par MTN ?
- Si la réintégration de MTN se révèle financièrement convaincante, d’autres grands opérateurs, comme Safaricom en Afrique de l’Est ou Orange en Afrique francophone, pourraient-ils adopter une logique comparable ?
- Que signifie le retrait d’IHS des marchés publics pour les régulateurs, chercheurs et investisseurs qui utilisaient ses publications trimestrielles pour suivre l’économie des tours au Nigeria, Cameroun, Côte d’Ivoire, Zambie et Afrique du Sud ?
- Quelles autorisations réglementaires restent nécessaires en dehors du Nigeria, et certaines pourraient-elles imposer des conditions comparables à l’exigence nigériane de participation locale pouvant aller jusqu’à 30 % ?
La trajectoire MTN-IHS ne démontre pas, à elle seule, l’échec du modèle TowerCo. Elle montre plutôt comment sa performance dépend du mix de devises, de la concentration des clients, de la densité de colocation et de la gouvernance entre la TowerCo et son locataire principal. Le projet de réintégration de MTN répond à ces contraintes par davantage de contrôle opérationnel, mais transfère aussi au groupe les coûts, les besoins de capital et les responsabilités associés aux actifs.
Si l’opération est finalisée comme annoncé, IHS deviendrait une filiale à 100 % de MTN et quitterait le NYSE, avec un impact direct sur la structure de propriété d’infrastructures dans cinq marchés africains. Les actionnaires d’IHS ont approuvé la transaction le 4 août 2026 ; le 24 août, MTN a annoncé avoir obtenu notamment l’autorisation conditionnelle de la FCCPC au Nigeria. Des autorisations réglementaires restent nécessaires et la transaction n’est pas finalisée à la date de cette mise à jour.
Le signal dépasse le seul cas MTN-IHS : la performance d’une TowerCo ne dépend pas uniquement de son nombre de tours, mais aussi de la structure concurrentielle, des contrats, des devises et de la gouvernance propres à chaque marché. Les écarts de taux de mutualisation entre IHS et Helios, comme la présence importante d’American Tower, montrent qu’il n’existe pas un modèle unique d’infrastructure applicable uniformément à l’ensemble du continent.
1. Transaction et statut au 20 septembre 2026 : MTN Group et IHS Towers, communiqués du 17 février 2026 ; présentation de transaction MTN (8,50 $ par action, EV d’environ 6,2 Md$, contrepartie cash d’environ 2,2 Md$, financement net MTN d’environ 1,1 Md$, multiple implicite de 5,8x) ; IHS Towers / SEC, résultats de l’EGM du 4 août 2026 ; MTN Group, résultats S1 publiés le 24 août 2026 sur l’autorisation conditionnelle de la FCCPC et la cession pouvant aller jusqu’à 30 % d’IHS Nigeria ; BusinessDay Nigeria, 26 août 2026, citant la NCC sur l’Approval-in-Principle accordée à la mi-juillet et les conditions restant à satisfaire avant validation finale.
2. Portefeuille IHS : IHS Towers Form 20-F FY2025 et résultats FY2025 pour 37 590 tours, 54 874 locataires, ratio de colocation de 1,46x et 28 662 tours en Afrique ; résultats T2 2026 pour le ratio de 1,47x ; présentation investisseurs T3 2025 pour la concentration du chiffre d’affaires (MTN 62 %, Airtel 15 %, Nigeria 59 %).
3. Contrats MTN / IHS et change : IHS Towers, résultats T1 et T2 2023 ; IHS Towers, communiqué du 7 août 2024 sur environ 13 500 locations et 1 430 renouvellements ; MTN Group FY2025 pour la réduction de la composante dollar, le caractère majoritairement naira de l’arrangement et le plafond de 20 % sur la composante CPI ; MTN Nigeria FY2023 / Reuters pour la perte après impôt de 137 Md NGN et la perte de change nette de 740,4 Md NGN.
4. Historique des cessions MTN : MTN Group Annual Financial Statements 2014 et Integrated Report 2015 pour les deux tranches nigérianes — 4 154 puis 4 696 tours, soit 8 850 effectivement transférées ; IHS Towers, 1er juin 2022, pour l’acquisition de 5 701 tours MTN South Africa contre 6,4 Md ZAR.
5. Concurrence et échelle : Nigerian Communications Commission, statistiques de juillet 2026 (MTN 51,76 %, Airtel 34,26 %, Globacom 12,13 %, T2 1,85 %) ; American Tower Corporation Form 10-K FY2025 pour 26 338 tours dans sept marchés africains ; Helios Towers FY2025 pour 14 746 sites groupe, dont 2 648 à Oman, et un ratio groupe de 2,17x ; Indus Towers, disclosure du 16 janvier 2026 sur les filiales Nigeria et Zambie.
6. Cessions IHS : IHS Towers, vente du Rwanda à Paradigm Tower Ventures finalisée le 9 octobre 2025 avec environ 1 467 sites ; vente des opérations de tours d’Amérique latine à Macquarie annoncée pour une EV d’environ 952 M$ puis finalisée le 7 août 2026 ; cession du Koweït finalisée en décembre 2024.
7. Méthodologie : priorité donnée aux communiqués d’entreprises, dépôts SEC, rapports financiers audités et données réglementaires. Les chiffres sont datés car les périmètres évoluent rapidement. Les comptes de sites réseau d’un opérateur ne sont pas assimilés à des portefeuilles de tours détenues par une TowerCo. Les interprétations sur la structure du marché, les incitations et les implications stratégiques relèvent d’Africa Signal. À la date de mise à jour, la transaction MTN-IHS reste annoncée mais non finalisée.
