Pourquoi la vente des tours avait du sens

Pour comprendre pourquoi MTN prévoit de racheter IHS Towers pour une valeur d’entreprise annoncée d’environ 6,2 milliards de dollars, il faut d’abord comprendre pourquoi le groupe avait cédé ces infrastructures. La logique, largement adoptée par les opérateurs télécoms dans les années 2000 et 2010, était commercialement cohérente : les tours sont des actifs physiques intensifs en capital et exigeants sur le plan opérationnel. La maintenance, l’alimentation électrique et la sécurité mobilisent des ressources sans générer directement la croissance des abonnés ou l’augmentation de l’ARPU recherchées par les investisseurs. En cédant ces actifs à des spécialistes, les TowerCos, les opérateurs pouvaient convertir des actifs immobilisés en liquidités, réduire l’endettement au bilan et réallouer le capital au spectre et à la modernisation des réseaux.A

En Afrique, cette logique s’est imposée avec encore plus d’urgence. MTN se développait alors dans 22 marchés, sur un continent où l’électricité du réseau reste irrégulière, les coûts de maintenance structurellement élevés et les environnements réglementaires très différents d’un pays à l’autre. Externaliser les tours auprès d’acteurs comme IHS, censés gagner en efficacité grâce à l’échelle, à la spécialisation technique et à la mutualisation entre plusieurs opérateurs, constituait une réponse rationnelle à des contraintes de capital et d’exécution que les flux de trésorerie organiques ne pouvaient pas toujours absorber.

Le cœur du modèle reposait sur le sale-and-leaseback : MTN vendait les tours, continuait à les utiliser en louant de la capacité au nouvel acquéreur et allégeait son bilan d’un actif physique amortissable. IHS devait, en théorie, obtenir un meilleur rendement en accueillant plusieurs locataires sur une même tour. Cette mutualisation permettait de créer des économies d’échelle qu’un propriétaire exploitant seul son infrastructure ne pouvait pas obtenir. Toute la thèse reposait donc sur la progression du nombre moyen de locataires par tour. Dans plusieurs marchés africains, cette hypothèse s’est révélée plus difficile à concrétiser que prévu.

8 850
Tours MTN Nigeria effectivement cédées en deux tranches en 2014–2015
MTN Group · rapports 2014 et 2015
5 701
Tours MTN South Africa acquises par IHS en juin 2022
IHS Towers · 1er juin 2022
R75,0 Md
Passif locatif total de MTN Group fin 2025, tous contrats confondus
MTN Group FY2025 · R74,985 Md
28 662
Tours IHS en Afrique à fin 2025, dans cinq marchés
IHS Towers · Form 20-F FY2025

Le risque de change : des loyers en dollars face à un naira affaibli

Pourquoi le Nigeria est au centre du dossier
  • Premier marché d’IHS par le chiffre d’affaires. Le Nigeria représentait 59 % du chiffre d’affaires d’IHS Group au T3 2025. Sur un autre axe de lecture, par client et non par géographie, MTN représentait 62 % du chiffre d’affaires total d’IHS et Airtel 15 %, selon la présentation investisseurs d’IHS au T3 2025.
  • Exposition de change particulièrement forte. Le naira a subi l’une des dépréciations les plus marquées parmi les grandes devises africaines entre 2022 et 2024, renchérissant fortement les loyers indexés sur le dollar.
  • Marché très concentré. En juillet 2026, la NCC comptabilisait 51,76 % des abonnés mobiles chez MTN et 34,26 % chez Airtel, soit 86,02 % à eux deux. Cette concentration réduit le nombre de grands locataires potentiels pour les TowerCos ; Globacom, qui conserve une part importante de ses infrastructures en propre, limite encore le vivier accessible.
  • Tension de gouvernance. En 2023-2024, MTN a lancé un appel d’offres concurrentiel sur environ 2 500 sites arrivant à échéance et a choisi American Tower Corporation pour une partie d’entre eux plutôt que de renouveler automatiquement avec IHS.
  • Sensibilité réglementaire. Le 24 août 2026, MTN a annoncé avoir reçu notamment l’autorisation conditionnelle de la FCCPC. La condition publiée prévoit une cession pouvant aller jusqu’à 30 % d’IHS Nigeria à des investisseurs nigérians, sur une base de pleine concurrence et sous réserve des conditions de marché.

Historiquement, de nombreux contrats de location de tours en Afrique étaient structurés en devises fortes, principalement en dollars ou en équivalent dollar, alors que les revenus des opérateurs étaient encaissés en monnaie locale. Ce décalage restait gérable tant que le naira était relativement stable. Il est devenu structurel lorsque la devise nigériane s’est fortement dépréciée.

Au T2 2023, le bénéfice avant impôt de MTN Nigeria a chuté d’environ 64,3 % sur un an et le bénéfice après impôt d’environ 67,7 %, dans un contexte dominé par le choc de change consécutif à la réforme du marché des devises.B Une partie importante des coûts de tours comportait alors une indexation en dollars tandis que les revenus étaient majoritairement encaissés en nairas. Sur l’ensemble de 2023, MTN Nigeria a enregistré une perte après impôt d’environ 137 milliards de nairas et une perte de change nette de 740,4 milliards de nairas, contre 81,8 milliards en 2022.C

Les résultats d’IHS ont eux aussi été affectés par ce cycle monétaire. Au T1 2023, le chiffre d’affaires a atteint 602,5 millions de dollars, en hausse de 35,1 % sur un an, mais ce trimestre incluait un bénéfice non récurrent de 48,1 millions de dollars lié à un client nigérian. Au T2, le chiffre d’affaires s’est établi à 546,2 millions de dollars, encore en hausse de 16,8 % sur un an mais en baisse d’environ 9,3 % par rapport au T1. Cette baisse séquentielle ne peut donc pas être attribuée au seul naira : elle combine notamment la disparition de l’élément non récurrent du T1 et l’effet de la forte dévaluation de juin. IHS a alors réduit sa prévision annuelle de chiffre d’affaires, en indiquant un effet de change négatif de 141 millions de dollars, presque entièrement lié au naira.D

Le problème de fond venait du décalage entre monnaie de revenus et monnaie d’une partie des obligations contractuelles. Les contrats de location sont moins flexibles que des dépenses discrétionnaires et l’indexation au dollar transmet rapidement une dépréciation du naira aux coûts locaux. Les états financiers 2025 de MTN précisent qu’après la renégociation de 2024, la part indexée au dollar a été réduite et que l’ensemble des loyers concernés est devenu majoritairement libellé ou indexé en nairas.

Le 7 août 2024, MTN Nigeria et IHS ont renouvelé et prolongé jusqu’à fin 2032 l’ensemble de leurs Master Lease Agreements au Nigeria, couvrant environ 13 500 locations.E Les nouvelles conditions ont réduit la composante indexée au dollar, rendu l’arrangement majoritairement fondé sur le naira, plafonné à 20 % la composante d’escalade liée à l’inflation nigériane et introduit une composante liée au diesel. Sur les quelque 2 500 locations qui devaient expirer en 2024 et 2025, IHS en a renouvelé 1 430, nouvelles colocations comprises.

La renégociation de 2024 a réduit l’exposition contractuelle au dollar et accru le poids du naira dans les loyers de MTN Nigeria.

Synthèse d’après IHS Towers (7 août 2024) et MTN Group FY2025

Le risque de change ne disparaît pas avec une intégration verticale. Une fois IHS consolidé, les loyers entre entités du groupe seraient éliminés des comptes consolidés, mais l’exposition économique sous-jacente resterait présente à travers la dette en devises, les équipements importés, le diesel et d’autres coûts d’énergie. La différence porte donc surtout sur la localisation de ce risque : moins dans un contrat externe de location, davantage dans la gestion opérationnelle et financière du groupe.

Risque de change · Nigeria
MTN Nigeria : impact de change vérifié en 2023
Seuls les chiffres confirmés à partir des dépôts NGX de MTN Nigeria sont repris.
−64,3 %
Bénéfice avant impôt, T2 2023 vs T2 2022
MTN Nigeria, dépôt NGX T2 2023
−67,7 %
Bénéfice après impôt, T2 2023 vs T2 2022
MTN Nigeria, dépôt NGX T2 2023
N137 Md
Perte après impôt sur l’ensemble de 2023
MTN Nigeria FY2023
La perte 2023 a été alimentée par une perte de change nette de 740,4 milliards de nairas, contre 81,8 milliards en 2022. La renégociation des contrats IHS en 2024 a ensuite réduit la composante indexée au dollar des loyers concernés.

Le problème de la mutualisation : une densité locative qui plafonne

Le modèle économique d’une TowerCo indépendante repose sur une variable essentielle : le taux de mutualisation, ou tenancy ratio, c’est-à-dire le nombre moyen de locataires par tour. Une tour avec un seul locataire génère un rendement limité sur un actif à coûts fixes élevés. Avec un deuxième locataire, la marge progresse fortement, car accueillir les équipements d’un autre opérateur sur une structure existante coûte beaucoup moins cher que construire une nouvelle tour. Toute la thèse d’investissement des TowerCos suppose donc que ce ratio augmente dans le temps.

À l’échelle du groupe IHS, le taux de mutualisation est passé de 1,51x fin 2024 à 1,46x fin 2025, avec 54 874 locataires sur 37 590 tours.G Ce ratio consolidé 2025 inclut encore les activités latino-américaines classées en activités abandonnées ; il ne doit donc pas être lu comme un ratio strictement africain. Au T2 2026, avant la finalisation de la cession latino-américaine en août, IHS publiait un ratio de 1,47x.

Au Nigeria, l’accord conclu en 2025 avec T2, anciennement 9mobile, a entraîné le churn de 2 576 locataires au T3 2025 ; sur l’ensemble de l’année, IHS indique 2 676 locataires T2 sortis de son portefeuille, sur lesquels le groupe ne reconnaissait pas de chiffre d’affaires.G Il s’agit de locataires ou tenancies, pas de 2 500 tours physiques. La concentration du marché, le nombre limité de grands opérateurs et le portefeuille autogéré de Globacom réduisent par ailleurs les possibilités de colocation dans certains segments du marché nigérian.

IHS a également connu une tension de gouvernance avec son principal client-actionnaire. MTN détenait environ 24,7 % du capital d’IHS au moment de l’annonce de 2026, tandis que les statuts avaient historiquement plafonné ses droits de vote à 20 %. Le différend sur la représentation au conseil et les droits de gouvernance est documenté dans les publications des deux groupes. Sur les quelque 2 500 locations MTN Nigeria qui devaient expirer en 2024 et 2025, IHS en a renouvelé 1 430 dans l’accord d’août 2024 ; les publications primaires d’IHS confirment ce nombre sans attribuer, à elles seules, chacune des locations restantes à American Tower.E

Acteur Rôle Situation Échelle / mutualisation Position clé
IHS Towers TowerCo indépendante Acquisition annoncée 28 662 tours en Afrique fin 2025 ; ratio groupe 1,46x à fin 2025 62 % du chiffre d’affaires provenant de MTN au T3 2025 ; 15 % d’Airtel ; retrait de la cote prévu si l’opération aboutit
MTN Group Locataire principal et acquéreur Réintégration 51,76 % du marché mobile nigérian en abonnés, juillet 2026 Environ 2,2 Md$ de contrepartie cash pour les 75,3 % d’IHS non encore détenus ; R74,985 Md de passif locatif groupe fin 2025, tous contrats confondus
American Tower Corp. TowerCo concurrente Active 26 338 tours détenues dans 7 marchés africains fin 2025 Concurrent direct d’IHS au Nigeria et en Afrique du Sud ; échelle africaine proche du portefeuille IHS
Helios Towers TowerCo indépendante Active 12 098 sites en Afrique fin 2025 ; 14 746 groupe avec Oman ; ratio groupe 2,17x Densité de colocation plus élevée ; présence notamment en Tanzanie, Ghana, RDC et Afrique du Sud
Globacom Opérateur avec tours autogérées Intégré verticalement 8 773 tours au Nigeria en 2024, contre 8 550 auparavant Seul grand opérateur nigérian à avoir conservé son portefeuille en interne tout au long du cycle
Indus Towers TowerCo liée à Bharti Airtel Expansion signalée Filiales constituées au Nigeria et en Zambie le 15 janvier 2026 Présence juridique établie ; ampleur du déploiement opérationnel africain encore à observer
Économie de la mutualisation
IHS face à Helios : évolution des ratios publiés
Ratios consolidés publiés par les entreprises. Ils couvrent des périmètres géographiques différents et servent ici de repères, non de comparaison parfaitement homogène.
IHS 2024
1,51x
1,51x
IHS 2025
1,46x
1,46x
Helios 2024
2,05x
2,05x
Helios 2025
2,17x
2,17x
IHS a vu son ratio consolidé reculer de 0,05x en 2025, notamment dans une année marquée par le churn de T2 et la cession du Rwanda. Helios a progressé de 2,05x à 2,17x sur la même période.

Une décennie de bascule : de la cession au rachat

2014–2015
MTN Nigeria cède 8 850 tours en deux tranches
4 154 tours sont transférées en décembre 2014 puis 4 696 le 1er juillet 2015. Le projet initial portait sur 9 132 tours.
2021
IHS entre au NYSE
L’introduction en Bourse donne au marché une référence publique de valorisation qui sera ensuite fortement révisée à la baisse avant la revue stratégique de 2024.
Juin 2022
IHS acquiert 5 701 tours de MTN South Africa
La transaction est finalisée pour une contrepartie cash de 6,4 milliards de rands ; IHS fournit aussi des services d’alimentation sur environ 13 000 sites MTN SA.
2023
Chute du naira et appel d’offres MTN Nigeria
La dévaluation accroît fortement les pertes de change. MTN sélectionne American Tower pour des services liés à environ 2 500 sites IHS arrivant à échéance.
Août 2024
Renégociation de 13 500 locations jusqu’en 2032
La composante dollar est réduite, l’arrangement devient majoritairement naira et un mécanisme lié au diesel est ajouté. IHS renouvelle 1 430 des quelque 2 500 locations arrivant à échéance.
Déc. 2024 – 7 août 2026
IHS recentre son portefeuille
Le Koweït est cédé en décembre 2024 ; le Rwanda, avec environ 1 467 sites, est vendu à Paradigm Tower Ventures en octobre 2025 ; la vente des activités de tours d’Amérique latine à Macquarie, valorisée à environ 952 M$, est finalisée le 7 août 2026.
17 fév. 2026
MTN et IHS annoncent leur accord
8,50 $ par action, valeur d’entreprise d’environ 6,2 Md$ et contrepartie cash d’environ 2,2 Md$ pour les 75,3 % que MTN ne détient pas encore.
4 août 2026
Les actionnaires d’IHS approuvent la transaction
L’assemblée générale extraordinaire approuve le projet de fusion. La transaction reste soumise aux autres conditions de clôture, notamment réglementaires.
24 août 2026
MTN annonce l’autorisation conditionnelle de la FCCPC
La condition publiée prévoit la cession pouvant aller jusqu’à 30 % d’IHS Nigeria à des investisseurs nigérians sur une base de pleine concurrence et sous réserve des conditions de marché. MTN indique que d’autres autorisations restent à obtenir.

L’économie de la réintégration : ce que disent les chiffres

La logique financière publiée par MTN repose sur l’internalisation de la marge actuellement payée à IHS, la captation des revenus de locataires tiers et une meilleure prévisibilité des coûts.H La présentation de transaction valorise 100 % des fonds propres dilués d’IHS à environ 2,9 milliards de dollars. Après prise en compte de la participation existante de 24,7 % de MTN, la contrepartie cash est d’environ 2,2 milliards. Le schéma de financement prévoit environ 1,1 milliard de dollars de trésorerie au bilan d’IHS et environ 1,1 milliard de financement net par MTN. Ce dernier chiffre est un besoin de financement de l’acquisition ; il ne doit pas être confondu avec un montant d’économies annuelles ni avec une valeur supposée de la future cession pouvant aller jusqu’à 30 % d’IHS Nigeria.

À fin 2025, MTN Group publiait 74,985 milliards de rands de passifs locatifs, contre 76,325 milliards en données 2024 retraitées. Ce total couvre l’ensemble des contrats de location du groupe et n’est pas directement comparable au prix d’acquisition d’IHS. Après consolidation, les paiements entre MTN et IHS seraient éliminés au niveau groupe, mais les coûts physiques des tours — énergie, maintenance, sécurité, personnel et capex — subsisteraient. L’équation économique combine donc effet de consolidation, revenus de tiers, structure de dette, coûts d’exploitation et capacité à améliorer l’utilisation des actifs.

Concentration des revenus · IHS
Répartition rapportée du chiffre d’affaires par locataire, T3 2025
Présentation investisseurs IHS T3 2025. MTN représente 62 % du chiffre d’affaires, Airtel 15 % ; « autres » correspond au solde des autres clients.
MTN Group
~62 %
62 %
Airtel Africa
~15 %
15 %
Autres
~23 %
23 %
Cette répartition illustre une forte concentration client. Si l’acquisition est finalisée, la part liée à MTN deviendrait intragroupe au niveau consolidé, tandis qu’Airtel et les autres opérateurs resteraient des clients tiers de l’infrastructure.

Les revenus des locataires non-MTN constituent le troisième pilier de l’équation. Au T3 2025, Airtel représentait 15 % du chiffre d’affaires d’IHS selon la présentation investisseurs de l’entreprise.H MTN a indiqué vouloir maintenir les standards de service d’IHS et capter les revenus tiers ; au Nigeria, la condition publiée par la FCCPC impose en outre que la cession locale pouvant aller jusqu’à 30 % se fasse sur une base de pleine concurrence. La question opérationnelle sera de savoir comment la gouvernance, la tarification et les décisions d’investissement préserveront l’attractivité de l’infrastructure pour les clients concurrents de MTN.

Réactions concurrentielles : Airtel, Helios et la question de la neutralité

Airtel Nigeria poursuit parallèlement un programme important d’expansion de réseau. En 2026, son management a indiqué que l’opérateur avait ajouté 1 561 stations de base en trois ans et dépassé 17 000 sites réseau, après une expansion d’environ 15 % sur les deux années précédentes ; il a annoncé vouloir maintenir un rythme d’investissement élevé en 2026.I Les sources consultées ne permettent toutefois pas d’attribuer explicitement ce programme au projet de rachat d’IHS par MTN : la chronologie est concomitante, mais le motif déclaré est d’abord l’amélioration de la capacité et de la qualité du réseau.

Indus Towers a, de son côté, confirmé dans ses publications boursières la constitution le 15 janvier 2026 de filiales au Nigeria et en Zambie.J Cette étape établit une présence juridique dans les deux marchés, mais elle ne permet pas encore de mesurer l’ampleur d’un futur portefeuille opérationnel africain. Si un déploiement significatif suit, il pourrait fournir à Airtel et à d’autres opérateurs une option supplémentaire face aux grandes TowerCos déjà présentes.

Modèle externalisé · 2014–2025
  • Capital libéré grâce au sale-and-leaseback et conversion d’actifs physiques en contrats locatifs.
  • Au Nigeria, forte composante historique d’indexation au dollar avant la renégociation de 2024, qui a rendu l’arrangement majoritairement fondé sur le naira.
  • Décisions de densification, d’alimentation électrique et de maintenance contrôlées par la TowerCo.
  • Neutralité multi-opérateurs supposée ; les revenus de tiers reviennent à IHS et non à MTN.
  • Hausse attendue du tenancy ratio pour améliorer la rentabilité et réduire le coût unitaire.
  • IHS coté au NYSE, avec une visibilité trimestrielle sur l’économie des tours.
Modèle réintégré · annoncé, sous réserve de finalisation
  • Une partie des loyers IHS devient une gestion de coûts intragroupe après consolidation.
  • L’exposition au change subsiste, mais elle est gérée en interne plutôt que par un contrat externe.
  • MTN reprend le contrôle des décisions de densification, d’énergie et de maintenance.
  • Après finalisation, les revenus d’Airtel et des autres locataires tiers seraient consolidés dans un groupe qui est aussi opérateur mobile.
  • MTN annonce vouloir préserver les standards de service et les revenus tiers ; la gouvernance et l’accès devront être suivis après la clôture.
  • IHS serait retiré de la cote, réduisant la transparence autonome sur l’économie des tours dans les marchés concernés.

Helios Towers reste l’une des grandes TowerCos indépendantes du continent. Son taux de mutualisation consolidé est passé de 2,05x en 2024 à 2,17x en 2025, tandis que le nombre de locations a atteint 31 944. Fin 2025, le groupe comptait 14 746 sites au total, dont 2 648 à Oman : son portefeuille africain représentait donc 12 098 sites répartis entre huit marchés. Helios a indiqué s’être rapproché, avec un an d’avance, de son objectif 2026 de 2,2x plutôt que de l’avoir strictement dépassé.L

Afrique subsaharienne : quatre modèles d’infrastructure en parallèle

L’opération MTN-IHS n’est pas isolée. Elle constitue l’événement le plus visible d’un marché subsaharien des tours où coexistent simultanément quatre modèles d’infrastructure, chacun reflétant une stratégie opérateur, une structure de marché et des conditions de financement différentes. Comprendre leur interaction permet de mesurer ce que la réintégration de MTN signifie à l’échelle du continent.

Modèle 1 : contrôle opérateur, MTN et Globacom. Le projet de rachat d’IHS par MTN constitue un retour vers davantage d’intégration verticale. Au Nigeria, des données de la NCC rapportées par TechCabal font état d’environ 8 774 actifs de tours détenus ou gérés par Globacom en 2024, l’opérateur ayant conservé une stratégie plus intégrée que MTN et Airtel. Ces modèles donnent davantage de contrôle sur le calendrier de déploiement et l’exploitation, mais exigent aussi davantage de capital et de capacités opérationnelles.

Modèle 2 : TowerCo indépendante et multi-opérateurs, Helios et American Tower. American Tower détenait 26 338 tours dans sept marchés africains fin 2025 : Nigeria, Ghana, Ouganda, Afrique du Sud, Kenya, Niger et Burkina Faso. Son échelle est donc proche des 28 662 tours africaines d’IHS. Helios publiait pour 2025 des taux de mutualisation de 2,23x en Afrique de l’Est et de l’Ouest et de 2,31x en Afrique centrale et australe. Ces données montrent que la colocation peut atteindre des niveaux sensiblement plus élevés selon le mix de marchés, la densité de demande et le nombre de clients actifs.

Échelle d’infrastructure · Afrique
Portefeuilles de tours / actifs comparables, fin 2025 ou dernière donnée disponible
Sources d’entreprises et dépôts réglementaires. Les chiffres d’IHS, American Tower et Helios portent sur des tours/sites d’infrastructure ; Globacom est un portefeuille opérateur rapporté pour 2024.
IHS Africa*
28,7K
28,7K
ATC Africa
26,3K
26,3K
Helios Africa
12,1K
12,1K
Globacom**
8,8K
8,8K
* 28 662 tours IHS en Afrique à fin 2025 ; acquisition MTN non finalisée à la date de mise à jour. ** Donnée 2024 rapportée à partir de chiffres NCC. Les ~17 000 sites réseau annoncés par Airtel Nigeria ne sont pas inclus ici car ils ne constituent pas un portefeuille de tours détenues directement comparable.
Modèles dominants par marché · lecture analytique 2025–2026
Intégration annoncée
Nigeria
Épicentre du dossier MTN-IHS. MTN a annoncé le 24 août 2026 avoir obtenu l’autorisation conditionnelle de la FCCPC ; la finalisation reste soumise à d’autres autorisations.
Intégration annoncée
Afrique du Sud, Zambie, Côte d’Ivoire, Cameroun
Portefeuille IHS destiné à passer sous contrôle de MTN si l’opération est finalisée.
Neutral host indépendant
Tanzanie, RDC, Ghana, Sénégal, Madagascar, Malawi, Congo
Présence structurante d’Helios Towers et logique de mutualisation multi-opérateurs.
TowerCo liée à un groupe
Ouganda
TowerCo of Africa, plateforme d’infrastructure du groupe AXIAN, est présente sur ce marché et dans plusieurs pays africains.
Autoconstruction / modèle mixte
Kenya
Le marché reste davantage structuré autour de l’opérateur et de modèles hybrides, avec un environnement fiscal moins favorable aux TowerCos indépendantes.
Neutral host indépendant
Rwanda
IHS a cédé 100 % d’IHS Rwanda, soit environ 1 467 sites, à Paradigm Tower Ventures le 9 octobre 2025.
Benchmark régional · 2025
Tenancy ratio : Helios Towers face à IHS
Helios : résultats annuels 2025 et détail régional publié par le groupe. IHS : résultats FY2025 / Form 20-F.
Helios Est/Ouest
2,23x
2,23x
Helios Centre/Sud
2,31x
2,31x
Helios groupe
2,17x
2,17x
IHS groupe
1,46x
1,46x
L’écart doit être interprété avec prudence : les deux groupes n’ont pas le même mix géographique. Il est néanmoins cohérent avec l’idée qu’une plus grande diversité de locataires et un marché moins concentré peuvent soutenir davantage de colocations par tour.

Régulation et souveraineté

Les infrastructures de tours soutiennent les réseaux mobiles, le mobile money, les communications d’urgence et une partie de la connectivité de dernier kilomètre. Lorsque leur propriété se concentre dans une entité qui est aussi opérateur mobile, la transaction peut soulever des questions de concurrence, d’accès non discriminatoire, de résilience et de souveraineté numérique.

Le 24 août 2026, MTN a annoncé que la transaction avait reçu l’approbation de plusieurs régulateurs, dont la Federal Competition and Consumer Protection Commission (FCCPC) au Nigeria.M La condition publiée par MTN prévoit la cession pouvant aller jusqu’à 30 % d’IHS Nigeria à des investisseurs nigérians sur une base de pleine concurrence et sous réserve des conditions de marché. La communication primaire de MTN ne détaille pas publiquement, pays par pays, l’ensemble des autorisations encore pendantes ; elle indique que des approbations réglementaires restent nécessaires et continue de viser une clôture au second semestre 2026.

Le 26 août, BusinessDay a rapporté, en citant la Nigerian Communications Commission (NCC), que celle-ci avait accordé une Approval-in-Principle à la transaction dès la mi-juillet, sous conditions portant notamment sur la gouvernance, les contrats existants, l’accès au marché et les investissements futurs. Cette approbation de principe n’est pas présentée comme une autorisation finale : selon ce reporting, la NCC doit encore constater le respect des conditions avant sa validation définitive.N

Le contexte concurrentiel est particulièrement concentré : selon la NCC, en juillet 2026 MTN représentait 51,76 % des abonnés mobiles du Nigeria et Airtel 34,26 %, contre 12,13 % pour Globacom et 1,85 % pour T2.F Même après la cession prévue pouvant aller jusqu’à 30 % d’IHS Nigeria, MTN conserverait une participation de contrôle dans l’entité, sous réserve de la structure finale de l’opération.

La Côte d’Ivoire et le Cameroun font partie des cinq marchés africains d’IHS qui passeraient sous contrôle de MTN si l’opération est finalisée, aux côtés du Nigeria, de l’Afrique du Sud et de la Zambie. La structure finale devra donc satisfaire les exigences réglementaires applicables dans les juridictions concernées ; MTN indique qu’il reste des autorisations à obtenir sans en publier, à ce stade, une liste exhaustive pays par pays.

La transparence constitue un autre enjeu. En tant que société cotée au NYSE, IHS publiait des résultats trimestriels et des documents SEC donnant une visibilité relativement rare sur l’économie des tours africaines. Fin 2025, ce périmètre publié couvrait cinq pays africains : Nigeria, Afrique du Sud, Côte d’Ivoire, Cameroun et Zambie, après la cession des activités rwandaises en 2025. Une fois IHS retiré de la cote et consolidé dans les comptes de MTN, ce niveau de granularité autonome disparaîtra. Pour les chercheurs, les régulateurs et les opérateurs concurrents, il s’agit d’une perte d’information significative, indépendamment des mérites commerciaux de l’opération.

Ce que ce cycle révèle sur l’économie des infrastructures

Le parcours MTN-IHS, vendre les actifs, signer des contrats de location, subir les tensions liées aux devises, renégocier les conditions puis envisager un rachat à grande échelle, ressemble moins à un échec stratégique qu’à une étude de cas sur la manière dont l’économie des infrastructures fonctionne dans certains marchés africains. Le retournement ne prouve pas que le modèle TowerCo était erroné. Il montre qu’il avait été calibré pour des conditions qui ne se sont pas maintenues.

Trois facteurs se renforcent mutuellement. D’abord, la structure monétaire : lorsqu’une partie importante des loyers est indexée sur une devise forte alors que les revenus sont encaissés en monnaie locale, une dépréciation accroît rapidement les coûts en monnaie locale. Ensuite, la concentration du marché : au Nigeria, MTN et Airtel représentaient ensemble 86,02 % des abonnés mobiles en juillet 2026, ce qui réduit le nombre de grands locataires indépendants disponibles pour la colocation. Enfin, la gouvernance du locataire principal : la coexistence d’un client dominant, d’une participation minoritaire importante et de droits de vote historiquement plafonnés a effectivement donné lieu à un différend de gouvernance entre MTN et IHS.

Le cycle de valorisation compte également. La présentation de transaction de MTN indique un multiple implicite de 5,8x l’EV/EBITDA LTM, sur la base de l’offre à 8,50 dollars par action et en excluant l’Amérique latine.H Le même document montre que le prix offert reste environ 60 % sous le prix d’introduction en Bourse d’IHS, tout en représentant une prime d’environ 239 % par rapport au cours observé lors de l’annonce de la revue stratégique en mars 2024. Ces références mesurent des points de départ différents : elles illustrent surtout l’ampleur de la revalorisation depuis le creux de 2024 et la forte décote persistante par rapport à l’IPO.

Signaux structurels · Infrastructure télécom africaine
  • La structure monétaire est un sujet de conception du produit financier. Un modèle de location indexé sur le dollar dans un marché de revenus en monnaie locale intègre une vulnérabilité structurelle qui s’aggrave à chaque cycle de dépréciation.
  • Le tenancy ratio dépend fortement de la structure du marché. Une forte concentration des abonnés entre peu d’opérateurs réduit le nombre de grands locataires potentiels, même si la densification et les besoins de capacité peuvent encore créer des colocations.
  • La gouvernance du locataire principal est un paramètre central. Chez IHS, un client représentant environ 62 % du chiffre d’affaires au T3 2025 détenait aussi une participation importante au capital, alors que ses droits de vote avaient été historiquement plafonnés ; le différend de gouvernance qui en a résulté montre l’importance de règles claires entre client, actionnaire et TowerCo.
  • Le contrôle des tours est un avantage concurrentiel, pas seulement une question de coûts. Dans un environnement de densification 5G, le contrôle des délais de déploiement, de l’énergie et de la maintenance peut directement affecter la qualité du réseau.
  • L’intégration verticale revient, mais de manière sélective. Peu d’opérateurs disposent de la taille et du bilan nécessaires pour absorber la complexité et le capital d’une réintégration comparable à celle de MTN.
  • La transparence recule avec la consolidation. Le retrait d’IHS du NYSE ferait disparaître une source importante de données publiques sur l’économie des tours africaines et élargirait l’asymétrie d’information entre MTN et les opérateurs dépendant de ces infrastructures.
Questions stratégiques ouvertes
  1. Comment la cession pouvant aller jusqu’à 30 % d’IHS Nigeria à des investisseurs locaux sera-t-elle structurée et valorisée, et quels investisseurs nigérians y participeront ?
  2. Indus Towers investira-t-il au Nigeria et en Zambie à une échelle suffisante pour offrir à Airtel une véritable alternative indépendante, ou l’expansion restera-t-elle limitée à la constitution de filiales ?
  3. Après la sortie de l’Amérique latine et, si l’opération est finalisée, le passage sous contrôle de MTN, comment évoluera le taux de mutualisation du portefeuille africain d’IHS et sa capacité à attirer des locataires tiers ?
  4. Comment Helios Towers et American Tower se positionneront-ils dans les marchés où Airtel et Orange pourraient vouloir réduire leur dépendance à une infrastructure contrôlée par MTN ?
  5. Si la réintégration de MTN se révèle financièrement convaincante, d’autres grands opérateurs, comme Safaricom en Afrique de l’Est ou Orange en Afrique francophone, pourraient-ils adopter une logique comparable ?
  6. Que signifie le retrait d’IHS des marchés publics pour les régulateurs, chercheurs et investisseurs qui utilisaient ses publications trimestrielles pour suivre l’économie des tours au Nigeria, Cameroun, Côte d’Ivoire, Zambie et Afrique du Sud ?
  7. Quelles autorisations réglementaires restent nécessaires en dehors du Nigeria, et certaines pourraient-elles imposer des conditions comparables à l’exigence nigériane de participation locale pouvant aller jusqu’à 30 % ?
Synthèse analytique · Africa Signal

La trajectoire MTN-IHS ne démontre pas, à elle seule, l’échec du modèle TowerCo. Elle montre plutôt comment sa performance dépend du mix de devises, de la concentration des clients, de la densité de colocation et de la gouvernance entre la TowerCo et son locataire principal. Le projet de réintégration de MTN répond à ces contraintes par davantage de contrôle opérationnel, mais transfère aussi au groupe les coûts, les besoins de capital et les responsabilités associés aux actifs.

Si l’opération est finalisée comme annoncé, IHS deviendrait une filiale à 100 % de MTN et quitterait le NYSE, avec un impact direct sur la structure de propriété d’infrastructures dans cinq marchés africains. Les actionnaires d’IHS ont approuvé la transaction le 4 août 2026 ; le 24 août, MTN a annoncé avoir obtenu notamment l’autorisation conditionnelle de la FCCPC au Nigeria. Des autorisations réglementaires restent nécessaires et la transaction n’est pas finalisée à la date de cette mise à jour.

Le signal dépasse le seul cas MTN-IHS : la performance d’une TowerCo ne dépend pas uniquement de son nombre de tours, mais aussi de la structure concurrentielle, des contrats, des devises et de la gouvernance propres à chaque marché. Les écarts de taux de mutualisation entre IHS et Helios, comme la présence importante d’American Tower, montrent qu’il n’existe pas un modèle unique d’infrastructure applicable uniformément à l’ensemble du continent.