Africa Signal · Intelligence de marché

Veille sectorielle

Banque & Fintech

Afrique subsaharienne francophone : zones UEMOA et CEMAC
Premier trimestre 2026 Mis à jour en septembre 2026 Libre diffusion
I.

Points clés du trimestre

  1. La BCEAO réduit son taux directeur de 25 points de base
    Le 4 mars 2026, la BCEAO a décidé d’abaisser de 25 points de base ses taux directeurs à compter du 16 mars : le principal taux directeur est passé de 3,25 % à 3,00 %, et le taux du guichet de prêt marginal de 5,25 % à 5,00 %. Le coefficient des réserves obligatoires a été maintenu à 3,00 %. Ces niveaux ont ensuite été maintenus en juin puis le 9 septembre 2026.1
    Pourquoi c’est important : au T1, cette décision a accentué l’écart de taux directeurs avec la CEMAC. Elle ne permet toutefois pas, à elle seule, de déduire une baisse équivalente du coût du crédit bancaire, qui dépend aussi du coût des ressources, du risque, de la liquidité et de la transmission de la politique monétaire.
  2. En CEMAC, le resserrement de décembre reste en place au T1, puis la BEAC assouplit sa politique en juin
    Pendant le T1 2026, le TIAO de la BEAC est resté à 4,75 % et la facilité de prêt marginal à 6,25 %, niveaux fixés le 15 décembre 2025. Le 2 avril, juste après la clôture du trimestre, le Comité de Politique Monétaire a confirmé ces taux. Le 29 juin, la BEAC a ensuite abaissé le TIAO à 4,50 % et la facilité de prêt marginal à 5,75 %. Au 19 septembre, ces niveaux restaient affichés par la Banque centrale.2
    Pourquoi c’est important : la divergence UEMOA-CEMAC s’est nettement élargie à la fin du T1, mais elle s’est partiellement réduite depuis juin. La trajectoire de la CEMAC reste fortement liée à sa position extérieure : la BEAC estimait les réserves à 6 332,4 milliards de FCFA fin 2025, soit 4,22 mois d’importations de biens et services.
  3. La COBAC relève fortement les exigences de capital des établissements de crédit en CEMAC
    Le Règlement COBAC R-2025/02, adopté le 10 décembre 2025 et entré en vigueur le 1er janvier 2026, fixe le capital social minimum des banques à 25 milliards de FCFA et celui des établissements financiers à 4 milliards. Le précédent règlement de 2009 fixait ces seuils respectivement à 10 milliards et 2 milliards de FCFA.5
    Pourquoi c’est important : les nouveaux établissements doivent respecter les nouveaux seuils dès leur création. Les établissements déjà en activité bénéficient d’une transition. Ceux qui ne peuvent pas se conformer dans le délai prévu devaient soumettre avant le 30 juin 2026 un plan de relèvement ; pour les banques concernées, ce plan prévoit des paliers de 14 milliards fin 2026, 18 milliards fin 2027, 22 milliards fin 2028 et 25 milliards fin 2029. La réforme augmente donc sensiblement les besoins de capital, sans signifier que toutes les banques existantes doivent déjà afficher 25 milliards en 2026.
  4. PI-SPI : 80 participants étaient connectés début avril ; le calendrier de connexion a ensuite été prolongé
    Au 2 avril 2026, la PI-SPI comptait 80 participants connectés : 59 banques, 9 établissements de monnaie électronique, 11 institutions de microfinance et 1 établissement de paiement. Quarante-deux autres institutions poursuivaient leurs tests. L’échéance initialement fixée au 30 juin a été prolongée le 25 juin : au 30 septembre 2026 pour les banques, établissements de monnaie électronique et établissements de paiement, et au 30 juin 2027 pour les institutions de microfinance concernées. La BCEAO a publié une nouvelle liste de participants autorisés le 16 septembre.6
    Pourquoi c’est important : le signal n’est plus seulement le nombre d’institutions connectées, mais le passage à l’exécution opérationnelle à l’échelle de l’Union. La prolongation du calendrier montre que l’interopérabilité progresse, mais que l’intégration complète des acteurs reste un chantier en cours.
  5. Coris Bank International affiche au T1 une croissance des dépôts très supérieure à celle des crédits
    Au 31 mars 2026, Coris Bank International affiche un résultat net de 21,535 milliards de FCFA, en hausse de 22,2 % sur un an, un produit net bancaire de 36,829 milliards (+28,5 %), des dépôts clientèle de 2 365,065 milliards (+37,9 %) et des crédits à la clientèle de 1 307,236 milliards (+3,8 %).3
    Pourquoi c’est important : l’écart entre la croissance des ressources et celle des crédits constitue un signal à suivre. Il ne suffit cependant pas, à lui seul, à établir une tendance régionale : les bilans de plusieurs banques ivoiriennes montrent des profils différents, et les déterminants peuvent varier d’un établissement à l’autre.
La période principale de cette note est le 1er janvier au 31 mars 2026. Les résultats financiers du T1 publiés après le 31 mars et les mises à jour postérieures qui modifient l’état d’un dossier sont explicitement signalés.
II.

Panorama du secteur

À la fin du T1 2026, les zones UEMOA et CEMAC présentaient des conditions monétaires plus divergentes qu’à la fin de 2025. Dans l’UEMOA, la BCEAO a abaissé son principal taux directeur à 3,00 % en mars, dans un contexte où l’inflation du T4 2025 était de -0,8 % et la croissance de l’Union avait atteint 6,7 % en 2025. En CEMAC, le TIAO est resté à 4,75 % pendant le trimestre, alors que la BEAC accordait une attention particulière à la position extérieure et aux réserves de change.4

Les informations publiées après la clôture du trimestre nuancent toutefois cette photographie. La BCEAO a maintenu ses taux en juin et en septembre, tandis que la BEAC a réduit son TIAO à 4,50 % le 29 juin. L’écart entre les principaux taux directeurs est donc passé de 1,75 point à la fin du T1 à 1,50 point après la décision de juin, sans disparaître.12

Au niveau des banques cotées, les publications du T1 confirment des trajectoires contrastées. NSIA Banque Côte d’Ivoire a enregistré un résultat net en hausse de 53 %, BICICI d’environ 30 % et Coris Bank International de 22,2 %, tandis qu’Ecobank Côte d’Ivoire a reculé de 1,6 % et Société Générale Côte d’Ivoire de 11 %. Les données de bilan montrent aussi des différences dans la dynamique des crédits : +10,8 % chez NSIA Banque CI, +3,8 % chez Coris, -2,6 % chez Ecobank CI et environ -4,5 % chez BICICI.310

Dans les paiements, la PI-SPI reste le principal chantier régional de l’UEMOA. Parallèlement, le registre de la BCEAO comptait 31 établissements de paiement agréés au 28 février 2026, dont 11 au Sénégal, 9 en Côte d’Ivoire et 3 au Togo.11 En CEMAC, les évolutions les plus visibles du trimestre ont été prudentielles et réglementaires : entrée en vigueur du nouveau règlement COBAC sur le capital minimum et séminaire régional sur les monnaies numériques de banque centrale et la régulation des crypto-actifs. Ce dernier a porté sur la coordination et l’examen des options, sans annoncer l’adoption d’un cadre harmonisé.59

Note sur la disponibilité des données

Cette édition n’agrège pas de taux régional de bancarisation, de créances douteuses, de solvabilité ou de rentabilité pour le seul T1 2026 lorsque des séries homogènes et directement comparables n’ont pas pu être confirmées. Les données bancaires présentées ci-dessous sont donc des données publiées par les établissements cités ou par les autorités régionales, et non une estimation de l’ensemble du secteur.

III.

Dynamiques par zone monétaire

Zone UEMOA

Le 4 mars, la BCEAO a abaissé son principal taux directeur de 3,25 % à 3,00 % et le taux du guichet de prêt marginal de 5,25 % à 5,00 %, avec effet au 16 mars. La Banque centrale indiquait alors une inflation de -0,8 % au T4 2025, après -1,4 % au T3, et une croissance régionale de 6,7 % en 2025. Les mêmes taux ont été maintenus le 10 juin puis le 9 septembre 2026.14

Zone CEMAC

Au T1, le TIAO de la BEAC est resté à 4,75 % et la facilité de prêt marginal à 6,25 %, niveaux issus de la décision du 15 décembre 2025. Le CPM du 2 avril les a maintenus. Le rapport de politique monétaire d’avril indique qu’en 2025 la croissance de la CEMAC s’est établie à 3,5 %, l’inflation moyenne à 2,1 % et les réserves de change à 6 332,4 milliards de FCFA, soit 4,22 mois d’importations de biens et services. Le 29 juin, la BEAC a ensuite réduit le TIAO à 4,50 % et la facilité marginale à 5,75 %, niveaux toujours affichés au 19 septembre.2

Indépendamment des taux, le Règlement COBAC R-2025/02 renforce les exigences de capital des établissements de crédit. Pour les banques existantes qui suivent un plan de relèvement approuvé, le premier palier indiqué est de 14 milliards de FCFA au 31 décembre 2026, avant une montée progressive jusqu’à 25 milliards fin 2029.5

IndicateurUEMOACEMAC
Principal taux directeur, fin T1 20263,00 %4,75 %
Facilité de prêt marginal, fin T1 20265,00 %6,25 %
Inflation moyenne 20250,0 %2,1 %
Croissance réelle 20256,7 %3,5 %
Réserves, fin 2025n/d dans cette note4,22 mois d’importations
Capital minimum des banques20 Md FCFA, transition jusqu’à fin 2026 pour les banques déjà agréées25 Md FCFA, avec régime transitoire pour les établissements existants
Lecture : le tableau fige les taux à la fin du T1 pour préserver la comparabilité du trimestre. Mise à jour au 19 septembre 2026 : BCEAO 3,00 % ; BEAC 4,50 %. Le seuil UEMOA de 20 milliards résulte de la décision entrée en vigueur le 1er janvier 2024, avec une période transitoire de trois ans pour les banques déjà agréées.12
IV.

Focus pays & acteurs clés

IV.1Burkina Faso

Coris Bank International, basée à Ouagadougou et cotée à la BRVM, a publié pour le T1 2026 un résultat net de 21,535 milliards de FCFA (+22,2 % sur un an), un produit net bancaire de 36,829 milliards (+28,5 %), des dépôts clientèle de 2 365,065 milliards (+37,9 %) et des crédits à la clientèle de 1 307,236 milliards (+3,8 %). La banque indique également avoir inauguré son nouveau siège au Burkina Faso pendant le trimestre.3

Acteurs mentionnés : Coris Bank International. À suivre : l’évolution relative des dépôts et des crédits sur les trimestres suivants, afin de déterminer si l’écart observé au T1 se réduit ou persiste.

IV.2Côte d’Ivoire

La Côte d’Ivoire est l’un des principaux marchés bancaires de l’UEMOA et plusieurs banques cotées y ont publié des résultats détaillés au T1. NSIA Banque Côte d’Ivoire a enregistré un résultat net de 10,912 milliards de FCFA (+53 %), un produit net bancaire de 28,615 milliards (+28 %), des dépôts de 2 162,760 milliards (+21,3 %) et des crédits nets de 1 744,337 milliards (+10,8 %). BICICI a publié un résultat net de 10,387 milliards (+29,7 %) et un produit net bancaire de 21,214 milliards (+17,0 %), avec des ressources clientèle en hausse d’environ 14,5 % et des crédits en baisse d’environ 4,5 %. Ecobank Côte d’Ivoire a affiché un résultat net de 13,040 milliards (-1,6 %), un produit net bancaire de 30,846 milliards (+3,7 %), des dépôts en hausse de 12,0 % et des crédits nets en baisse de 2,6 %. Société Générale Côte d’Ivoire a publié un résultat net de 23,976 milliards de FCFA (-11 %) et un produit net bancaire de 65,644 milliards, en baisse d’environ 1 %.10

Dans les paiements, la Côte d’Ivoire comptait 9 des 31 établissements de paiement agréés dans l’UMOA au 28 février 2026, deuxième total derrière le Sénégal.11

Acteurs mentionnés : NSIA Banque Côte d’Ivoire, BICICI, Ecobank Côte d’Ivoire, Société Générale Côte d’Ivoire. À suivre : la dynamique des crédits et du coût du risque, ainsi que l’évolution des établissements de paiement dans le marché ivoirien.

IV.3Togo

Le registre officiel de la BCEAO attribue à SEMOA Togo l’agrément EP.TG.003/2026 en date du 20 janvier 2026. La communication publique de l’entreprise, relayée fin janvier, décrit cet agrément comme un niveau 3 « full service » permettant d’offrir la gamme complète des services d’un établissement de paiement. Le registre officiel recensait trois établissements de paiement agréés au Togo au 28 février.7

Acteurs mentionnés : SEMOA, BCEAO. À suivre : le déploiement effectif des nouveaux services permis par l’agrément et la montée en charge des établissements de paiement togolais.

IV.4Sénégal

Au 28 février 2026, le Sénégal comptait 11 établissements de paiement agréés, soit le nombre le plus élevé des huit pays de l’UMOA dans le registre publié par la BCEAO. Cette donnée mesure le nombre d’établissements agréés, et non leur part de marché, leur volume de transactions ou leur niveau d’utilisation de PI-SPI.11

Acteurs mentionnés : établissements de paiement agréés dans le registre BCEAO. À suivre : la conversion de cette densité d’acteurs agréés en services interopérables effectivement disponibles au public.

IV.5Cameroun et institutions régionales de la CEMAC

Le nouveau règlement COBAC sur le capital minimum est entré en vigueur le 1er janvier 2026 dans la CEMAC. Il fixe 25 milliards de FCFA pour les banques et 4 milliards pour les établissements financiers, avec des dispositions transitoires pour les établissements déjà en activité.5

Du 23 au 27 février à Yaoundé, la BEAC et le FMI ont organisé avec la COBAC, la COSUMAF et le GABAC un séminaire consacré aux monnaies numériques de banque centrale et à la régulation des crypto-actifs. La source officielle décrit une coordination renforcée et l’examen de perspectives ; elle ne fait pas état de l’adoption d’un cadre harmonisé ni d’un calendrier réglementaire arrêté.9

Après le trimestre, le GIMAC et Visa ont officialisé le 8 avril un protocole d’accord stratégique destiné à renforcer l’interopérabilité et la modernisation des paiements en CEMAC. Le GIMAC indiquait alors que son réseau connectait plus de 37 millions de portefeuilles mobiles et 2,7 millions de cartes.8

Acteurs mentionnés : COBAC, BEAC, COSUMAF, GABAC, GIMAC, Visa. À suivre : la mise en conformité avec les nouveaux seuils de capital, les suites données aux travaux sur les actifs numériques et le déploiement concret du partenariat GIMAC-Visa.
V.

Événements du T1 & mises à jour postérieures

10 déc. 2025
Contexte

COBAC : adoption du Règlement R-2025/02

Le nouveau texte relève les seuils de capital des banques et établissements financiers de la CEMAC ; il entre en vigueur le 1er janvier 2026.

Banques : 25 Md FCFA
15 déc. 2025
Contexte

BEAC : relèvement des taux avant l’ouverture du T1

Le TIAO passe de 4,50 % à 4,75 % et la facilité de prêt marginal de 6,00 % à 6,25 %. Ces niveaux restent en vigueur pendant tout le T1.

+25 pdb sur le TIAO
1er janv. 2026
Régulation

COBAC : entrée en vigueur du nouveau régime de capital

Le capital minimum est fixé à 25 milliards de FCFA pour les banques et 4 milliards pour les établissements financiers. Le régime transitoire s’applique aux établissements déjà en activité.

20 janv. 2026
Fintech

SEMOA Togo : agrément d’établissement de paiement

Le registre BCEAO porte l’agrément EP.TG.003/2026 à cette date. La société communique publiquement sur son statut « full service » à la fin du mois.

23-27 fév.
Régulation

CEMAC : séminaire sur MNBC et crypto-actifs

La BEAC et le FMI réunissent la COBAC, la COSUMAF et le GABAC pour examiner les enjeux de monnaie numérique de banque centrale et de régulation des crypto-actifs.

4 mars
Monétaire

BCEAO : baisse des taux

Le principal taux directeur est abaissé à 3,00 % et la facilité de prêt marginal à 5,00 %, avec effet au 16 mars.

-25 pdb
2 avr.
Après T1

BEAC : maintien des taux

Le CPM maintient le TIAO à 4,75 % et la facilité de prêt marginal à 6,25 %.

2 avr.
Après T1

PI-SPI : 80 participants connectés

La BCEAO recense 59 banques, 9 établissements de monnaie électronique, 11 institutions de microfinance et 1 établissement de paiement connectés, tandis que 42 autres institutions sont en phase de test.

80 connectés
8 avr.
Après T1

GIMAC-Visa : partenariat régional en CEMAC

Le GIMAC officialise un protocole d’accord avec Visa portant sur l’interopérabilité, la digitalisation des flux et la modernisation des paiements.

30 avr.-5 mai
Résultats T1

Banques cotées : publication des résultats du T1

BICICI, Ecobank Côte d’Ivoire, Coris Bank International, Société Générale Côte d’Ivoire et NSIA Banque Côte d’Ivoire publient leurs indicateurs trimestriels à la BRVM.

25 juin
Mise à jour

PI-SPI : prolongation du calendrier de connexion

La BCEAO reporte l’échéance au 30 septembre 2026 pour les banques, établissements de monnaie électronique et établissements de paiement, et au 30 juin 2027 pour les institutions de microfinance supervisées concernées.

29 juin
Mise à jour

BEAC : assouplissement monétaire

Le TIAO est abaissé à 4,50 % et la facilité de prêt marginal à 5,75 %, réduisant partiellement l’écart de taux avec l’UEMOA.

TIAO : 4,50 %
9 sept.
Mise à jour

BCEAO : maintien des taux

Le principal taux directeur reste à 3,00 % et la facilité de prêt marginal à 5,00 %.

16 sept.
Mise à jour

PI-SPI : nouvelle liste de participants autorisés

La BCEAO publie la liste actualisée des participants autorisés à ouvrir les services PI-SPI au public.

VI.

Analyse

Le signal macrofinancier le plus net du T1 2026 a été l’élargissement de l’écart entre les taux directeurs des deux zones. À la fin du trimestre, le principal taux de la BCEAO était de 3,00 %, contre un TIAO de 4,75 % à la BEAC. Cette photographie reflétait des contraintes différentes : dans l’UEMOA, la BCEAO disposait d’une marge d’assouplissement après une période de baisse des prix ; dans la CEMAC, la BEAC restait plus attentive à la position extérieure et au niveau des réserves.12

La mise à jour de juin modifie toutefois l’interprétation prospective du T1. La BEAC a abaissé son TIAO à 4,50 % le 29 juin, alors que la BCEAO a maintenu son taux à 3,00 % en juin puis en septembre. L’écart reste donc significatif, mais il s’est resserré par rapport à la fin du T1. Pour les banques, ces taux de banque centrale constituent un élément du coût de refinancement ; ils ne se transmettent pas mécaniquement ni intégralement au coût des dépôts, des crédits ou du capital.

Un deuxième signal ressort des bilans bancaires publiés. Chez Coris, les dépôts ont progressé de 37,9 % sur un an contre 3,8 % pour les crédits. Ecobank Côte d’Ivoire et BICICI présentent également une hausse des ressources clientèle associée à une contraction de leurs crédits nets, tandis que NSIA Banque Côte d’Ivoire affiche une croissance simultanée des dépôts et des crédits. L’ensemble suggère qu’une lecture unique du secteur serait prématurée. Le décalage entre ressources et emplois mérite néanmoins d’être suivi, notamment pour distinguer prudence d’octroi, effets de base, arbitrages de bilan et évolution de la demande de crédit.310

Enfin, les infrastructures et la réglementation gagnent en importance. Dans l’UEMOA, la PI-SPI doit élargir l’interopérabilité entre banques, monnaie électronique, établissements de paiement et microfinance, mais le report des échéances confirme que l’intégration reste progressive. En CEMAC, le nouveau régime de capital de la COBAC augmente les exigences prudentielles, tandis que les travaux sur les actifs numériques restent au stade de coordination et d’examen. Le partenariat GIMAC-Visa, officialisé le 8 avril, constitue un développement distinct dans l’infrastructure de paiement régionale et ne doit pas être confondu avec le niveau de maturité ou le périmètre de PI-SPI.5689

VII.

Perspectives & points de vigilance

Évaluation fondée sur les informations disponibles au 19 septembre 2026
Perspective structurelle

Le T1 a ouvert une divergence monétaire plus marquée entre l’UEMOA et la CEMAC, mais l’assouplissement de la BEAC en juin a depuis réduit l’écart. La question n’est donc plus de savoir si les deux zones suivent des trajectoires strictement opposées, mais à quel rythme leurs conditions monétaires peuvent converger ou diverger à nouveau selon l’inflation, la croissance, les réserves et les conditions extérieures.

Principaux facteurs

Dans l’UEMOA : inflation, croissance du crédit, liquidité bancaire et transmission des taux. Dans la CEMAC : réserves de change, couverture extérieure, rapatriement des devises et évolution de l’activité. Pour les banques des deux zones : capacité à transformer les dépôts en crédits sans détériorer la qualité des actifs ni le coût du risque.

Signaux à suivre

Prochaine décision de politique monétaire des deux banques centrales ; échéance PI-SPI du 30 septembre 2026 pour les banques, établissements de monnaie électronique et établissements de paiement ; progression des institutions de microfinance vers l’échéance du 30 juin 2027 ; publication de nouvelles listes de participants ; respect des trajectoires de capital prévues par la COBAC, dont le palier de 14 milliards fin 2026 pour les banques concernées par un plan de relèvement ; échéance de fin 2026 pour la transition vers 20 milliards de FCFA dans l’UMOA.612

Fintech et infrastructures

La priorité est désormais l’utilisation effective de PI-SPI, au-delà de la seule connexion technique. En CEMAC, les points à suivre sont le déploiement du partenariat GIMAC-Visa et les éventuelles suites réglementaires données aux travaux sur les crypto-actifs. Aucun cadre harmonisé sur les crypto-actifs n’est présenté ici comme adopté tant qu’une source officielle ne le confirme pas.

Implications pour le secteur

Les écarts de taux directeurs, les exigences de capital et les infrastructures de paiement agissent sur des canaux différents. Pour analyser les banques et fintechs régionales, il est donc préférable de suivre séparément le coût des ressources, la croissance du crédit, la qualité des actifs, la capitalisation et l’accès aux rails de paiement, plutôt que de déduire la trajectoire du secteur d’un seul indicateur.

ScénarioLectureConditions
Écart monétaire encore marquéScénario centralLa BCEAO conserve un taux proche de son niveau actuel et la BEAC maintient le TIAO à 4,50 % tant que les indicateurs de prix et de réserves ne justifient pas un nouveau mouvement.
Convergence graduelleScénario alternatifUne amélioration durable de la position extérieure de la CEMAC donne à la BEAC une marge d’assouplissement supplémentaire, ou un regain d’inflation conduit la BCEAO à réduire sa marge d’assouplissement.
Réélargissement de l’écartScénario de risqueDe nouvelles pressions sur les réserves ou les flux extérieurs en CEMAC imposent un durcissement relatif, tandis que l’UEMOA conserve des conditions monétaires plus accommodantes.
Ces scénarios sont des trajectoires conditionnelles. Ils ne constituent ni des probabilités chiffrées ni des prévisions ponctuelles.
VIII.

Le regard d’Africa Signal

Le T1 2026 a surtout révélé deux transformations qui se superposent. La première est macrofinancière : la BCEAO a assoupli sa politique en mars alors que la BEAC conservait les taux issus du resserrement de décembre. La seconde est structurelle : les deux zones renforcent, par des voies différentes, les fondations de leur système financier, avec PI-SPI et le nouveau régime des établissements de paiement dans l’UEMOA, et avec le relèvement du capital minimum ainsi que les travaux de coordination sur les actifs numériques en CEMAC.

Les événements postérieurs au T1 empêchent toutefois de figer cette lecture. La BEAC a réduit ses taux en juin, la BCEAO a maintenu les siens jusqu’en septembre et le calendrier de connexion à PI-SPI a été prolongé. Le point de vigilance pour les prochains trimestres est donc moins l’annonce de nouvelles réformes que leur exécution : transmission des taux, capacité des banques à transformer leurs ressources en crédit, respect des trajectoires de capital et utilisation réelle des nouvelles infrastructures de paiement.

La rédaction, Africa Signal
IX.

Sources & références

  1. 1.BCEAO, réunion du Comité de Politique Monétaire du 4 mars 2026 ; réunion du 10 juin 2026 ; réunion du 9 septembre 2026.
  2. 2.BEAC, Rapport sur la politique monétaire, avril 2026 ; Décisions de politique monétaire, dont la décision n°01/CPM/2026 du 29 juin 2026 ; BEAC, taux d’intérêt en vigueur, consultés le 19 septembre 2026.
  3. 3.BRVM, Coris Bank International, Rapport d’activités du 1er trimestre 2026.
  4. 4.BCEAO, Communiqué du CPM du 4 mars 2026, pour l’inflation du T4 2025, la croissance 2025 et les perspectives 2026 ; BEAC, Rapport sur la politique monétaire d’avril 2026, pour les agrégats CEMAC.
  5. 5.Ministère des Finances de la République du Congo, Règlement COBAC R-2025/02 portant fixation du capital social minimum des établissements de crédit, adopté le 10 décembre 2025 ; BEAC, Règlement COBAC R-2009/01, pour les anciens seuils de 10 milliards de FCFA pour les banques et 2 milliards pour les établissements financiers.
  6. 6.BCEAO, Connexion à PI-SPI, situation au 2 avril 2026 ; prolongation du délai de connexion, 25 juin 2026 ; liste des participants autorisés au 16 septembre 2026.
  7. 7.BCEAO, registre des établissements de paiement au 28 février 2026, pour SEMOA Togo EP.TG.003/2026 et la date du 20 janvier 2026 ; Togo First, présentation publique de l’agrément « full service », 1er février 2026.
  8. 8.GIMAC, « GIMAC et Visa s’associent pour moderniser les paiements en zone CEMAC », 8 avril 2026.
  9. 9.GABAC, Séminaire-atelier sur les monnaies numériques de banques centrales et la régulation des crypto-actifs dans la CEMAC, 23-27 février 2026.
  10. 10.BRVM : NSIA Banque Côte d’Ivoire, T1 2026 ; BICICI, T1 2026 ; Ecobank Côte d’Ivoire, T1 2026 ; Société Générale Côte d’Ivoire, rapports financiers.
  11. 11.BCEAO, Liste des établissements de paiement agréés dans l’UMOA au 28 février 2026 : 31 établissements, dont 11 au Sénégal, 9 en Côte d’Ivoire et 3 au Togo.
  12. 12.BCEAO, Avis n°001-01-2024 fixant le capital social minimum dans l’UMOA ; Commission Bancaire de l’UMOA, Rapport annuel 2024, pour la période transitoire prenant fin le 31 décembre 2026.
Méthode de fact-check
Période principale :
1er janvier au 31 mars 2026.
Mise à jour :
résultats du T1 publiés après clôture et événements postérieurs inclus lorsqu’ils modifient l’état d’un dossier ouvert au T1.
Hiérarchie des sources :
priorité aux banques centrales, régulateurs, textes officiels et publications BRVM ; recours à la presse spécialisée lorsque la source primaire ne décrit pas le niveau de détail communiqué publiquement.
Principe :
les données non comparables ou non confirmées sont signalées ou omises plutôt qu’extrapolées.
Share this Doc

1er Trimestre

Or copy link

CONTENTS